«Utilisation d’armes explosives en zones peuplées: c’est le moment d’agir»

«Utilisation d’armes explosives en zones peuplées: c’est le moment d’agir»

Alors que le conflit syrien perdure depuis 10 ans, la protection des populations civiles reste une préoccupation majeure. L’évaluation et le décompte des décès et blessés civils et des destructions massives n’ont que trop duré.

Nous avons appris que c’est cela la réalité de la guerre moderne. Et que les guerres ne sont pas des contes de fées, mais des réalités cruelles où des civils sont blessés et tués par des explosions et des débris, où les villes se transforment en amas méconnaissables de gravats et de poussière, sans hôpitaux, écoles, routes, réseaux d’approvisionnement en eau et en électricité fonctionnels, forçant les personnes à quitter ce qu’il reste de leurs habitations.

L’utilisation d’armes explosives dans les guerres modernes engendre de terribles souffrances pour les populations civiles piégées dans un conflit. Nous nous opposons à la tendance qui consiste à voir cela comme dommageable mais inévitable ou même comme faisant naturellement partie des guerres urbaines, et que l’on qualifie d’expressions politiques accrocheuses comme conflit moderne » ou « guerre contre le terrorisme ». Nous devons voir au contraire l’utilisation de ces armes comme un problème humanitaire spécifique lié à la combinaison de la technologie de l’armement (les armes explosives à large rayon d’impact) et du contexte physique (zones peuplées).

Que sait-on de la technologie de l’armement ?

Dans le rapport de recherche « Explosive weapons effects » publié par le Centre International de Déminage Humanitaire de Genève (GICHD), les armes explosives sont classées : les bombes de gros calibres et les missiles, les systèmes d’armes à tir indirect tels que les mortiers, les roquettes et l’artillerie, les lances roquettes multitubes et certains types d’engins explosifs improvisés (EEI). L’utilisation de ces armes est particulièrement problématique lorsqu’elle est utilisée dans des zones peuplées, étant donné leurs effets à large rayon d’impact. En réalité, même lorsqu’elles sont utilisées contre des cibles militaires situées dans des zones peuplées, leurs effets se ressentent au-delà de leurs cibles, touchant des zones où vivent et travaillent des civils, où les enfants vont à l’école, et provoquant d’importantes destructions d’habitations, mais aussi de services et d’infrastructures. Ce qui entraîne son lot de crises humanitaires.

L’impact d’une attaque sur des civils, des villages et des villes

Que se passe-t-il après la détonation ? Si les personnes survivent, l’explosion et/ou la fragmentation causera des dommages aux poumons, au cerveau et aux oreilles. La fragmentation et les autres objets propulsés par l’explosion peuvent également causer des dégâts aux organes internes selon le point d’entrée des projectiles, ainsi que des fractures des membres inférieurs et/ou supérieurs.

Les corps humains, en particulier ceux des enfants, peuvent aussi être projetés contre des structures ou d’autres objets, par la force d’une explosion. En outre, les blessures peuvent inclure des brûlures instantanées, des lésions par inhalation, des lésions par écrasement et des expositions toxiques. Certaines de ces blessures pouvant provoquer des handicaps à long terme.

Par ailleurs, vivre sous les bombardements et les tirs entraine une souffrance psychologique et des traumatismes, des blessures invisibles à l’œil nu. Les sentiments d’anxiété et de peur sont source de colère, de fatigue, de désintérêt et de désespoir. Il faut ensuite de nombreuses années à la personne pour guérir et se remettre.

Mais les effets des armes explosives sur les civils ne se limitent pas à leur impact direct sur la vie et la santé : ils vont bien au-delà et ont de lourdes répercussions dans le temps et dans l’espace. Par exemple, la destruction ou les dommages causés à des infrastructures cruciales, peut perturber des services essentiels. Le manque d’accès à ces services essentiels peut provoquer des décès et blessures et affecter la santé bien au-delà des dommages immédiats d’une attaque. L’interruption ou la perturbation des services de soins de santé, d’eau et d’assainissement ou d’électricité aura des effets à long terme ou effets dominos sur la population civile, qui s’amplifient dans les contextes de conflits armés prolongés.

Ces effets dominos sont en grande partie prévisibles. Ils devraient non seulement être évités sur base d’arguments humanitaires, mais également être pris en compte lorsqu’on évalue si une attaque est en phase avec le principe de proportionnalité. Malheureusement, les preuves recueillies lors de conflits récents et existants démontrent que les effets dominos des armes explosives sur les civils ne sont pas suffisamment pris en compte par les parties à un conflit armé.

Villages et villes abandonnés

Lorsque des armes explosives à large rayon d’impact sont utilisées de façon continue durant une longue période, villes et villages se transforment en amas de poussières et de gravats, en zones de contamination durable généralisée, jonchées d’engins non explosés, ce qui représente autant de menaces supplémentaires pour les civils, et des risques de graves blessures et de décès. Une situation qui limite aussi l’accès aux services de base et entrave l’intervention de l’aide humanitaire.

Face à de telles destructions, les survivants n’ont souvent d’autre choix que de quitter leur maison, les forçant à un déplacement souvent de longue durée et un retour parfois impossible.

Des solutions politiques pour protéger les civils des armes explosives

Nous estimons qu’une solution politique est possible. Le développement actuel d’une déclaration politique internationale initiée par l’Irlande en mars de cette année représente une opportunité pour les Etats de s’engager et de contribuer à mettre fin à la souffrance causée par les bombardements et les tirs dans les zones peuplées.

Handicap International (Humanity & Inclusion) et Pax Christi estiment que les parlementaires ont un rôle crucial à jouer dans l’amélioration de la protection des civils dans les conflits armés, et dans l’appui aux efforts internationaux et nationaux destinés à éviter l’utilisation d’armes explosives à large rayon d’impact dans les zones peuplées. Les organisations ont salué la mobilisation des parlementaires belges sur ce sujet et les ont encouragés à adopter une résolution parlementaire sans équivoque, appelant leur gouvernement à adopter et mettre en œuvre d’urgence un engagement international qui aborde cette thématique de façon claire et documentée, dans le but de mettre fin à l’utilisation des armes explosives en zones peuplées.

La Belgique peut se démarquer en tant qu’État qui promeut la protection des civils dans les conflits armés, en participant activement aux négociations en cours. Elle devrait soutenir sans ambiguïté l’engagement contre l’utilisation des armes explosives à large rayon d’impact dans les zones peuplées ; une reconnaissance des effets dominos de ces armes ; un engagement à assister les victimes et un accès inconditionnel à l’aide humanitaire. Un tel positionnement serait en phase avec son brillant passé d’initiateur de négociations lors de la Convention d’Ottawa sur le traité d’interdiction des mines (MBT) et de la Convention sur les armes à sous-munitions (CCM).

Il s’agit d’un problème urgent, qui ne va pas disparaitre de lui-même. Les conflits sont de plus en plus fréquents dans les zones urbaines. En outre, l’urbanisation connaît un développement rapide. Une raison de plus pour les États de faire de cette question une perspective d’avenir/une raison de plus pour passer à l’action.

Du 3 au 5 mars, les États vont se réunir en ligne pour discuter d’un texte d’accord international contre les conséquences sur les civils de l’utilisation des armes explosives en zones peuplées. Ces discussions relancent le processus diplomatique avec plus de 70 États, dont la Belgique.

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