442 élus européens demandent un engagement concret de l’UE pour mettre fin à l’extension des colonies israéliennes en territoire palestinien

La démolition de nombreuses infrastructures à Khirbet Hamsa al-Foqa en territoire palestinien a engendré le déplacement forcé de sa population.
La démolition de nombreuses infrastructures à Khirbet Hamsa al-Foqa en territoire palestinien a engendré le déplacement forcé de sa population. - Reuters

La question palestinienne est-elle désormais passée sous les radars, victime d’une actualité qui a détourné l’attention de l’opinion publique mondiale ? Ce n’est en tout cas pas l’avis de 442 élus européens – députés européens, députés ou sénateurs dans les assemblées de leur pays – qui signent une lettre ouverte ce 1er mars qu’ils ont adressée aux ministres européens des Affaires étrangères et au Haut Représentant de l’Union européenne. Le but : insister pour que l’Union européenne et les pays européens travaillent avec la nouvelle administration Biden pour la paix, en commençant par la lutte contre l’extension, toujours plus importante, des colonies israéliennes en territoire palestinien occupé.

Carte blanche sur les territoires occupés en Palestine: «L’UE doit faire preuve de leadership»

Par Un collectif de signataires*

Le début de la présidence Biden offre une occasion bien nécessaire d’aborder le conflit israélo-palestinien avec un effort renouvelé. L’administration américaine précédente a laissé le conflit plus éloigné que jamais de la paix. L’administration Biden offre une chance de rectifier le tir et de créer un espace plus large pour un engagement et un leadership européens significatifs. Parallèlement, l’annonce de la tenue d’élections palestiniennes dans les mois à venir offre une opportunité de renouveau politique et de réunification au niveau palestinien.

Les récents accords de normalisation régionale avec Israël ont conduit à la suspension des plans d’annexion officielle du territoire de la Cisjordanie. Toutefois, l’évolution de la situation sur le terrain montre clairement que l’annexion de facto progresse rapidement, en particulier à travers l’expansion accélérée des colonies et de la démolition d’infrastructures palestiniennes.

Malgré la pandémie de coronavirus, l’année dernière a vu le plus grand nombre de démolitions de maisons et d’infrastructures palestiniennes en quatre ans, y compris de projets financés par les donateurs européens dans le cadre de l’aide humanitaire. Cela inclut la démolition de presque toute une communauté à Khirbet Hamsa al-Foqa dans ce que les Nations Unies ont décrit comme le plus grand incident de déplacement forcé en plus de quatre ans.

Explosion des chiffres de la colonisation

Dans le même temps, l’avancement de colonies israéliennes illégales dans le territoire palestinien occupé a explosé, atteignant les chiffres les plus élevés depuis 2012 selon Peace Now (l’ONG pacifiste la Paix maintenant). La construction récemment approuvée de la colonie de Givat Hamatos, précédemment appelée la ligne rouge de l’Europe, est particulièrement préoccupante.

Pendant ce temps, la situation humanitaire dans la Bande de Gaza continue de se détériorer sous le blocus israélien qui est aggravé par les divisions intra-palestiniennes. Gaza reste exposée au risque d’une escalade violente à tout moment.

Aucun effort pour relancer le dialogue et rétablir la confiance ne peut aboutir si ces tendances négatives sur le terrain se poursuivent. Ces politiques éliminent la possibilité d’une solution à deux États et enracinent une réalité à un seul État caractérisée par l’inégalité de droits et un conflit perpétuel. Que cela représente l’avenir de la région est à la fois inacceptable et stratégiquement non viable.

Pendant la période de l’administration Trump, l’Europe a joué un rôle indispensable pour maintenir la ligne qui consiste à préserver les paramètres convenus au niveau international et le droit international comme cadre pour une résolution juste du conflit alors que ces principes étaient soumis à une pression immense.

Le temps des mesures concrètes est venu

Le temps est venu pour l’Europe d’aller de l’avant après avoir maintenu la ligne. L’Europe doit travailler avec l’administration Biden, les pays de la région et les parties sur le terrain pour empêcher que les actions unilatérales ne compromettent la possibilité de paix, pour faire progresser les droits et la sécurité de tous les peuples sous le contrôle effectif d’Israël, et pour créer les conditions qui rendent possible un futur accord négocié. Dans cet effort, l’UE devrait faire preuve de leadership, en utilisant la gamme d’outils politiques dont elle dispose. Il est essentiel de prendre des mesures concrètes pour assurer une différenciation effective entre Israël et les colonies, conformément à la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le soutien diplomatique, juridique et financier aux communautés palestiniennes menacées de démolition et de déplacement forcé devrait être augmenté. Un soutien européen actif à la réconciliation palestinienne et aux élections sur l’ensemble du territoire palestinien est vital, y inclus comme base pour mettre fin à l’isolement de Gaza.

Nous sommes impatients de pouvoir travailler avec vous pour faire progresser ces priorités politiques et atteindre nos objectifs communs de paix et d’égalité pour tous les Israéliens et tous les Palestiniens.

*Signataires : 442 élus européens ont signé l’appel. Parmi eux, dix-sept Belges, dont Maria Arena, Nabil Boukili, Saskia Bricmont, George Dallemagne, Jean-Marc Delizée, Philippe Lamberts et Sophie Rohonyi. On note aussi parmi les signataires français Jean-Luc Mélenchon, Esther Benbassa, Marie-Georges-Buffet, Yannick Jadot, Danièle Obono, Nathalie Loiseau, Sylvie Brunet, Olivier Faure et Clémentine Autain.

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