Erika Vlieghe s’explique pour désamorcer la polémique

«Se défouler et pester peut faire un bien fou. Mais cette accumulation de messages négatifs s’infiltre dans nos foyers jour après jour et nous fait tous vaciller, les plus vulnérables en premier».
«Se défouler et pester peut faire un bien fou. Mais cette accumulation de messages négatifs s’infiltre dans nos foyers jour après jour et nous fait tous vaciller, les plus vulnérables en premier». - Mathieu Golinvaux.

Chers compatriotes,

Dimanche, j’ai laissé échapper que « peut-être nous devrions moins pleurnicher ». Une tempête de réactions les plus contrastées s’en est suivie, des insultes les plus dégoûtantes au soutien sans réserve. Cela m’a donné à réfléchir, car ceux qui me connaissent un peu savent que je ne suis pas la plus grande provocatrice du pays, mais j’essaie de nommer les choses en toute honnêteté, et généralement je réfléchis avant de parler. J’aurais peut-être dû choisir mes mots différemment, pour que ce que je voulais dire et ne pas dire soit plus clair. Je vais essayer à nouveau.

Tout d’abord, cette épidémie, qui dure depuis plus d’un an maintenant, est très lourde pour nous tous. Nous n’avons pas connu cela depuis cent ans. Des gens ont perdu des êtres chers, mais parfois aussi leur travail et leurs relations, à cause d’un virus insaisissable. Pour certains d’entre nous, c’est très lourd, pour diverses raisons. Si j’ai involontairement blessé des gens avec mes propos, je tiens à présenter mes excuses ici et maintenant. Mes paroles ne vous concernaient pas. Le malheur et le chagrin profond ne disparaissent en effet pas en « arrêtant de pleurnicher », ceux qui en souffrent ont désespérément besoin de toute notre empathie, de notre aide et de notre soutien. Les personnes qui luttent contre un chagrin profond, une perte, la solitude, à mes yeux, ne se plaignent pas. Le deuil et la perte doivent être exprimés, autant et aussi longtemps que nécessaire, afin de guérir. Que cela soit bien clair.

Obstacle à la résilience

Que voulais-je dire ? Pour moi, les « pleurnicheries » ont trait au flux quotidien et incessant de nouvelles et d’opinions négatives, sur à peu près tous les aspects de l’épidémie et de la gestion de la crise, qui nous submergent depuis des semaines ou des mois maintenant. Les vaccins qui arrivent trop tôt ou trop tard, les centres trop grands ou trop petits, les règles « absurdes », les capacités de testing trop grandes ou trop petites, le tracing des contacts trop tardif, les chiffres qui ne sont pas clairs, les masques qui peuvent être toxiques ou tout simplement dérangeants à porter, les voyages que nous ne sommes plus autorisés à faire, les festivals dont personne ne sait quand ils pourront reprendre et l’avenir que personne ne peut apparemment prévoir.

Bien sûr, il faut une réflexion critique, la liberté d’expression est l’une de nos libertés les plus importantes, et se défouler et pester peut faire un bien fou. Mais cette accumulation de messages négatifs s’infiltre dans nos foyers jour après jour et nous fait tous vaciller, les plus vulnérables en premier. Ce courant de négativité nous prive de la résilience dont nous avons désespérément besoin pour nous maintenir, ainsi que les autres, dans la bonne direction. Le filtre négatif à travers lequel nous regardons de plus en plus les choses nous empêche également de voir ce que nous avons besoin de voir.

Garder son énergie pour avancer

Les virus vont et viennent. Ce virus n’est la faute de personne. Ni la mienne, ni la vôtre, ni celle de notre gouvernement. Pas celle de Bill Gates non plus. En tant que société, nous ne sommes plus habitués à faire face aux épidémies et aux grandes calamités. Tout cela exige beaucoup de résilience en tant que société. Par deux fois, l’épidémie a submergé notre système de soins de santé, mais grâce à des mesures prises dans tous les domaines, nous avons réussi ensemble à faire reculer le virus. En un an, d’énormes progrès ont été réalisés dans la compréhension et le traitement de ce virus. Avec l’aide de nombreuses personnes, une énorme capacité de testing, de tracing et de traitement a été mise en place. En moins d’un an, plusieurs vaccins très efficaces ont été mis au point, qui réduisent déjà considérablement la mortalité dans les établissements de soins.

Tout cela pourrait-il être mieux ? Bien sûr, et de nombreuses personnes sur le terrain travaillent constamment à rendre le tout meilleur, plus rapide et plus efficace. C’est un chemin cahoteux et souvent frustrant, tout d’abord pour tous ceux qui y travaillent. Ils le font pour vous et pour nous tous, de manière désintéressée et par sens du devoir civique, et ne veulent rien d’autre qu’avancer. Et plutôt que dépenser leur énergie par rapport aux critiques ponctuelles et aux frustrations quotidiennes, ils veulent continuer à travailler à l’amélioration continue.

Donc, allons de l’avant. Il y a en effet de la lumière au bout de ce tunnel. Ainsi, de plus en plus de personnes seront vaccinées dans les mois à venir. Nous pourrons arrêter les prochaines vagues du virus. L’ancienne vie reviendra. Comment et quand exactement, je ne peux pas vous le dire. Nous devrons le découvrir étape par étape dans les semaines et les mois à venir. Mais je peux vous dire que nous travaillons dur avec de nombreuses personnes, dans tous les domaines, pour y arriver. Et pour ne pas perdre trop d’énergie en cours de route, je suggère que nous nous plaignions tous un peu moins ;-). Voulez-vous vous joindre à nous ?

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