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Carte blanche: «Les droits des femmes en situation de handicap ne doivent plus être un sujet tabou»

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Reuters

Le 8 mars, c’est « LA » Journée Internationale qui met en avant les droits des femmes et qui dresse le bilan des inégalités dont elles sont victimes, que ce soit dans la vie privée et/ou professionnelle. Les femmes en situation de handicap sont très souvent les grandes oubliées des différentes campagnes menées par diverses associations ou par les mouvements politiques. Lorsqu’il est question de handicap, on parle « des personnes », sans faire distinction du genre, comme si celles-ci semblaient victimes d’un phénomène d’asexualisation. Cependant, si l’on prend en compte les données « handicap » et « genre », nous ne pouvons que constater qu’être une femme en situation de handicap implique bien souvent une discrimination double et des difficultés spécifiques.

Les femmes porteuses de handicap, sont, encore aujourd’hui, bien (trop) souvent victimes de violences. Lorsque l’on lit les différentes études réalisées à travers le monde, on observe que le handicap est un facteur fragilisant, que ce soit dans la sphère privée ou publique. Des chiffres circulent sans trop savoir d’où ils viennent, mais à les croire, 80 % seraient victimes de violences, 88 % de violences sexuelles, 40 % des femmes en situation de handicap se sentiraient discriminées, 30 % estimeraient l’avoir été durant leurs études (sondage AFP 2020). Comment savoir si ces chiffres sont bel et bien le reflet de la réalité ? Il y a peu de littérature à ce sujet, peu d’études… Encore une fois, elles sont les grandes oubliées des analystes.

Une vulnérabilité accrue

En 2021, les femmes en situation de handicap font encore et toujours face à un défi majeur : celui de faire reconnaître leurs droits ! Qu’il soit sensoriel, physique ou mental, le handicap expose davantage à la vulnérabilité et appelle parfois une écoute et des réponses adaptées, surtout lorsque le manque d’autonomie de la victime ne lui permet pas d’accéder à l’aide dont elle aurait besoin.

Dans les commissariats de police, lieu d’écoute par excellence lorsque l’on veut déposer plainte, il n’y a pas d’interprète en langue des signes, pas de boucle à induction magnétique pour les femmes malentendantes, les lieux sont rarement aménagés, accessibles aux femmes à mobilité réduite, comment dès lors font les policiers et les représentants de la loi, en général, pour s’assurer que la personne porteuse d’une déficience intellectuelle puisse être comprise et s’assurer de son consentement lors d’une affaire de viol, par exemple ?

Une fois le fait établi, comment justifier que ce sujet pèse si peu dans le débat public et que les dispositions prises pour lutter contre cette double discrimination qui consiste à être une femme ET handicapée sont si peu nombreuses ?

Une mobilisation à la marge

Pourquoi la mobilisation autour des discriminations et des violences faites aux femmes handicapées reste à la marge, presque taboue ? Les femmes porteuses de handicap n’ont pas toujours le droit d’avoir une sexualité responsable et satisfaisante. De plus, elles sont souvent dépendantes d’autres adultes de leur entourage, donc, plus vulnérables. Lorsqu’elles sont victimes de violences, cela entraîne de nombreux problèmes de santé, des traumatismes psychologiques et une exclusion sociale et économique. Ce qui, dans le cas des femmes porteuses de handicap est encore plus problématique, puisque c’est déjà bien souvent la réalité au quotidien et que les actes de violences et les séquelles qui s’en suivent ne font qu’accentuer les inégalités.

Handicap et sexualité, un sujet tabou

Trouver l’amour n’est pas toujours chose facile pour les femmes atteintes d’un handicap. Être en couple entre personnes handicapées s’avère souvent délicat, puisque l’on considère, encore trop souvent, les femmes porteuses de handicap comme des petites filles « à vie », que le sujet de la sexualité de la personne handicapée reste un des grands tabous de notre société. Et que dire des relations amoureuses entre personnes valides et personnes atteintes d’un handicap ? Peur des responsabilités et surtout peur du jugement des autres empêchent certains de se lancer.

En cette période de pandémie, où les confinements agissent comme des catalyseurs de violence conjugale, nous sommes très inquiets car nous savons que l’isolement dans lequel peuvent vivre les femmes en situation de handicap.

Peu d’accès à l’emploi

Une autre inégalité faite aux femmes porteuses de handicap est l’accès au monde du travail ! Cela n’est déjà pas toujours simple pour une femme « ordinaire » d’avoir accès à l’emploi, à un salaire égal à celui d’un homme… Alors que dire lorsque l’on cumule le fait d’être femme et handicapée !

Pourquoi, si vous êtes une femme en situation de handicap, les obstacles et les discriminations dans l’accès à l’emploi sont-ils encore plus forts ?

Nous, les associations actives dans le monde du handicap, nous appelons à un sursaut citoyen ! Nous demandons aux mondes politique et associatif, d’organiser cette année encore, une table ronde consacrée à la problématique bien précise qu’est la condition des femmes porteuses de handicap dans notre société. Nous appelons à la mise en œuvre d’actions concrètes, visibles par tous ! Cela ne peut, ne doit plus être que « l’affaire » des parents, des associations spécialisées… Le handicap, c’est l’affaire de tous !

Le droit des Femmes, c’est pour toutes les Femmes, aujourd’hui… maintenant !

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