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Carte blanche: Et si le fondamentalisme catholique romain était une bénédiction pour une future réforme constitutionnelle?

Carte blanche: Et si le fondamentalisme catholique romain était une bénédiction pour une future réforme constitutionnelle?
Reuters

L’Église catholique aime bien bénir : des personnes, des animaux, des lieux, des objets, et aussi ses médailles et objets de piété. A la Côte, lors de la fête de la crevette, on bénit la mer, les bateaux et les marins. A Saint-Hubert, où elle a tôt béni les troupeaux de vaches, on bénit les animaux et leurs maîtres pour les protéger. On prie aussi saint Hubert pour préserver chiens et chats des « dangers et de la maladie ». Et, covid oblige, la procédure se fait même en ligne, avec envoi d’un parchemin muni du sceau de la paroisse, avec la photo du toutou chéri de sa maman. A Grosage, dans le diocèse de Tournai, on bénit des voitures. A Laneffe, à la Saint-Éloi, on bénit (c’est gratuit) les chevaux. A Mettet, grâce au « Team de la Madone des motards » ou à l’église St-Pierre de Jette, on bénira votre moto, vous avec, et les policiers sont les bienvenus, casques et uniformes compris, même si l’Église recommande de ne pas bénir un objet contraire aux commandements de Dieu (armes et cartouches).

Par contre, elle ne veut pas bénir deux hommes ou femmes qui s’aiment. On connaissait bien la rhétorique misérabiliste catholique sur les homosexuels : des « blessés de la vie » à « accompagner », avec force « délicatesse », en leur proposant des « cheminements de croissance dans la foi » pour les « aider » à « comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu ». C’est condescendant et insultant. Mais il y a désormais pire avec cette affligeante « réponse » de la Congrégation romaine qui vient de légiférer sur la pastorale catholique pour les homosexuels. On connaissait leur casuistique qui distinguait les « personnes » et les « actes », mais ici on en a une nouvelle entre « l’union » et les « personnes » ! Il faut l’expliquer.

Un texte crucifiant et dangereux par son fondamentalisme

Sur le plan théologique, le texte fait froid dans le dos. Il rappelle qu’une bénédiction est un « signe sacré », sous la forme d’une prière, offrant des « effets spirituels » dont la demande de la « protection de Dieu », si bien qu’elle est un moyen de se préparer à recevoir des « sacrements », pour être « sanctifié ».

Mais, pour pouvoir bénir, l’objet de la divine faveur doit être « objectivement et positivement ordonné » et correspondre aux « desseins de Dieu inscrits dans la Création ». Car le Créateur a ses « plans » et ses « desseins », bien ordonnés et arrêtés, qui ne sont jamais une « discrimination injuste » puisque le texte romain, dogmatisme de droit absolu oblige, rappelle que Dieu les refuse toutes !

L’argument premier du refus de bénir l’union de deux personnes du même sexe est très pervers : il réduit leur amour et leur relation à « une pratique sexuelle hors mariage » (pour rappel, qui dit ici « mariage » dit un homme et une femme + « transmission de la vie »). Impensable donc de bénir ! Et secundo, une « bénédiction nuptiale » – retenons la formule – ne peut pas être imitée car elle n’est valide que pour un homme et une femme. On pourra juste bénir individuellement une personne « à tendance homosexuelle », mais à condition qu’elle « manifeste le désir de vivre en fidélité aux desseins révélés de Dieu ». Bref, on lui demande de faire vœu de continence !

Voici donc la leçon d’un Dieu qui bénit « chacun de ses enfants » et chaque « pécheur », mais qui ne « peut pas bénir le péché ». Outre que tout ceci est frappé d’une totale incohérence logique, il y a quelque chose de terrifiant dans les conséquences du propos : en matière d’amour pour les personnes de même sexe, aucun bien à en dire, pas de reconnaissance, pas d’existence possible dans le « plan » divin et pas de salut en vue, pas de sacrement possible et pas de protection non plus.

François n’est pas un père courage !

C’est donc une bombe qui éclate au visage de ceux qui pratiquaient encore la théologie la plus éclairée possible : leur magistère romain est fondamentaliste et radicalisé. C’est la fin de la récréation pour les coups de cœur envers le gentil pape François d’apparence « gay-friendly ». L’institution qui garde la foi catholique a proclamé une « vérité » et pas n’importe quel jour : le 22 février 2021, en la fête de la Chaire de Saint-Pierre, le patron du patron actuel qui a accepté tout ça ! François – qui voit si souvent le « diable » à l’œuvre – n’a vraiment rien d’un prophète.

Sur cette affaire, on peut hausser les épaules, dire qu’elle ne concerne que les catholiques, tout en se consolant qu’ils ne pèsent plus lourd et surtout que leur base est souvent sympa car Monsieur le curé vit avec son compagnon au presbytère et Monseigneur le sait très bien, n’y voyant aucun problème d’autant qu’il est rassuré car personne ne tombera « enceinte » et on ne devra donc pas intervenir pour des questions d’héritage.

Sauf que c’est oublier le poids du symbolique qui traîne dans les consciences encore apeurées des flammes du diable, alors qu’on tue dans le Parc de Beveren et qu’on vandalise un salon de coiffure à Haren pour un drapeau LGBT…

« Religion », je te baptise « culte »

Cependant, en Belgique, une « religion » peut devenir un « culte » via une reconnaissance par l’État, permettant son financement. Celui des bâtiments prévus pour l’exercice du culte, des traitements et pensions des « ministres du culte », par le SPF Justice, qui ne peut pas s’immiscer dans la nomination du ministre dont la responsabilité revient à l’organe représentatif. On n’oubliera pas l’organisation et le financement d’un cours de la religion reconnue, pour la durée de l’instruction obligatoire, dans les écoles organisées par les pouvoirs publics.

Or les critères formels pour parvenir à une telle reconnaissance passent par un ensemble de « conditions ». Comme le rappelle L.L. Christians (UCL), sur Eurel.Info, il faut des adeptes, une structuration, une légitimité de durée historique, un « intérêt social » et « ne développer aucune activité qui pourrait aller à l’encontre de l’ordre social ». Ce n’est pas peu !

Du courage en 2024 ?

Au regard de l’exigence de ces « conditions » certes bien aléatoires et face aux propos de la religion reconnue, n’y aurait-il pas matière à se demander si le modèle belge, en matière de cultes, est encore adapté et protecteur des libertés et des égalités ? En effet, avoir une Constitution qui parle de « bénédiction nuptiale » dans son Art. 21, qui prévoit à l’Art. 24 un « enseignement » et une « éducation » d’une religion qui en vient à véhiculer et cautionner ce genre de « vérité » et évidemment qui, prévoit via l’Art. 181, de payer des ministres qui sont officiellement empêchés pour un acte pourtant légitime et bienfaisant pour un croyant, est-ce bien rassurant ?

Le ministre de la Justice a tapé du poing sur la table avec l’EMB remis en cause pour sa gouvernance. On va voir ici quelle sera la réaction. Mais refuser de réfléchir à ce qui se trame ici, dès maintenant, à partir de ce cas concret serait manquer de sens politique et démocratique.

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