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Carte blanche: Pourra-t-on encore longtemps se payer le luxe de financer deux types d’enseignement?

Carte blanche: Pourra-t-on encore longtemps se payer le luxe de financer deux types d’enseignement?
Belga

C’est une valeur fondamentale de notre démocratie et de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles : un enfant égale un enfant. Cette recherche inlassable d’une égalité des chances guide chaque acte de l’enseignement officiel subventionné. Elle devrait constituer le socle de l’ensemble des réseaux, quelles que soient les origines sociales des élèves ou leurs convictions philosophiques.

Ce principe d’égalité stricte a-t-il cependant à s’appliquer dès lors que l’on parle de répartir les subsides publics en faveur de l’entretien et de la rénovation des bâtiments scolaires comme le prétend le Segec ? Un bâtiment privé égale-t-il un patrimoine public ? Doit-on sacrifier un programme d’économie d’énergie dans les écoles de l’enseignement officiel au profit de la « réfection d’une chapelle » ? Doit-on mettre sur le même pied des chantiers bénéficiant de « fonds privés » et une rénovation de bâtiments scolaires inscrite dans des budgets communaux ou provinciaux ?

La question de l’appartenance religieuse n’a plus sa place à l’école

C’est assurément un débat de société. Un débat qui pose la question essentielle du rôle d’un service public par rapport au caractère philosophique d’un établissement d’enseignement. Les positions défendues par le Segec tendent vers une « communautarisation » de l’enseignement. Et ouvre une porte : celle de l’émergence possible d’écoles de confessions multiples (musulmanes, protestantes…). Avec cette double conséquence : un financement galopant et un repli sur soi, synonyme de stigmatisation.

Sont-ce les convictions philosophiques qui doivent dicter l’éducation de nos jeunes générations ? J’ai l’intime conviction que non ! En effet, l’apprentissage des religions est propre à chacun et devrait relever de la seule sphère familiale, intime et privée. Disons le clairement : il ne devrait plus être pris en compte ou enseigné sur les bancs de nos écoles.

Notre vie en société repose sur une démocratie parlementaire. C’est elle qui, entre autres priorités, doit définir la politique de l’enseignement dans une saine conception de l’intérêt général. Bien au-delà donc de l’appartenance philosophique.

Guerre de chiffres

A l’heure où la simplification institutionnelle est à l’ordre du jour à tous les niveaux de pouvoir, ne serait-il pas opportun de simplifier notre structure d’enseignement ? De construire un enseignement basé sur les synergies et les passerelles plutôt que sur de vaines concurrences ?

L’enseignement officiel a l’obligation de rendre constamment des comptes envers ses instances démocratiques, conseils communaux et provinciaux. Il doit y répondre de la qualité de son projet pédagogique, de sa gestion et des choix budgétaires liés notamment au patrimoine scolaire. Et c’est bien ainsi !

Plus que jamais, à l’heure où la fracture numérique et le creusement des inégalités menacent, c’est le développement et le respect du bien-être des individus qui doivent être au cœur de nos préoccupations !

Pourtant les débats d’aujourd’hui ont l’aridité d’une guerre des chiffres. Une concurrence stérile sur l’accès aux moyens financiers renvoie au second plan ce qui devrait être essentiel : les choix à poser en faveur de l’efficacité et de la qualité de la pédagogie.

Un appel à l’humilité

Sait-on que les budgets relatifs à la rénovation des bâtiments scolaires, qui ont fait l’objet d’une véritable offensive médiatique du Segec ne représentent que 4 % du budget total de l’enseignement en Fédération Wallonie Bruxelles ?

Il est évidemment important de pouvoir en disposer mais cette problématique est-elle prioritaire et doit-elle autant diviser les acteurs de l’enseignement au moment où la pandémie doit mobiliser nos énergies ? Au moment où le bien-être mental, l’accès aux outils numériques et la mise en œuvre de pédagogies de la réussite apparaissent comme les véritables leviers d’une politique égalitaire dans les écoles ?

Les enquêtes Pisa de l’OCDE nous rappellent cruellement, tous les trois ans, que notre enseignement est dual et fait partie des moins performants d’Europe !

Voilà la préoccupation qui devrait nous amener à définir nos priorités.

Lorsque l’on sait que le Segec forme plus de 60 % des élèves du secondaire, les constats de Pisa devraient appeler à l’humilité et induire une ligne de conduite nouvelle : celle de la collaboration entre les réseaux.

Mais cette collaboration doit s’appuyer sur des prérequis indiscutables : l’école à caractère philosophique, les traditions éducatives au profit de certains profils socio-économiques ne sont pas les valeurs des écoles officielles et singulièrement du réseau CPEONS.

Repenser profondément la pédagogie

L’école a une fonction fondamentale d’ascenseur social. Elle doit s’ouvrir à toutes et tous sans distinction, former des citoyens tout en répondant au mieux aux demandes du marché du travail, à ses évolutions et à des mutations sociétales telles que la transition écologique. Le développement de compétences des individus est LA priorité et ce développement doit être multiple.

Les enjeux de l’école du XXIe siècle sont bien ceux-là. Ils induisent des réformes telles que la mise en œuvre du pacte d’excellence et du tronc commun. Ces avancées pédagogiques sont indispensables mais elles sont également coûteuses. Pourra-t-on alors encore longtemps se payer le luxe de financer deux types d’enseignement ?

Quand la pandémie sera derrière nous, la responsabilité des gestionnaires de l’enseignement sera de proposer des réponses modernes aux mutations de la société et de repenser profondément la pédagogie par une approche engageante de la qualité.

Le XXIe siècle ne se construit pas à la lumière d’une réalité de 1958. Le contexte paralysant des grands débats du pacte scolaire doit être définitivement dépassé pour permettre à chacun de se mettre autour de la table afin de répondre aux vrais besoins d’une jeunesse désabusée.

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