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Carte blanche: Les grèves de 1886, prélude à un siècle de progrès et de protection sociale

Carte blanche: Les grèves de 1886, prélude à un siècle de progrès et de protection sociale
Belga

Ceux que la justice a condamnés ont été acquittés par l’histoire. La prise de conscience résultant du choc de 1886 a favorisé l’éclosion de la législation sociale qui fait honneur à notre pays et au genre humain. 19 ouvriers ont perdu la vie les 26 et 27 mars 1886. » (Texte sur la stèle commémorative près de la place Wauters à Roux)

Quand des travailleurs sont confrontés à des diminutions de salaires et à une hausse importante du chômage suite aux licenciements et fermetures, ils décident de se battre et partent en grève. La malnutrition, les logements insalubres et les épidémies comme la peste et le choléra, mèneront à une révolte des « Damnés de la Terre ».

Quand en même temps ils sont confrontés à des patrons qui ne dissimulent pas les signes extérieurs de richesse et que les bénéfices des banques et entreprises explosent, alors les travailleurs se rebellent. L’histoire ouvrière et sociale est riche de pareils mouvements sociaux.

La question sociale au centre des manifestations

C’est en commémorant le 15e anniversaire de la Commune de Paris le 18 mars 1886 que les travailleurs liégeois ont réellement mis la question sociale au centre des débats, et ce via une manifestation de colère brutale. Alors que les conditions de vie et de travail sont déjà pénibles, une mauvaise conjoncture économique « oblige » les patrons à réduire les salaires et à licencier du personnel, dans un pays qui est qualifié par Karl Marx de « paradis du capitalisme » !

Chaque jour est marqué par de nouvelles grèves et manifestations. Dans la région carolorégienne, la destruction des nouveaux fours à verre et l’incendie du château « Baudoux », appartenant au directeur d’une usine, en sont les symboles. Partout les travailleurs sont confrontés au bras armé de la bourgeoisie : l’armée et la justice.

Le massacre d’une vingtaine d’ouvriers mineurs, verriers, sidérurgistes et chômeurs, à Roux, le 27 mars 1886 est le point culminant de la répression sanglante des grèves et manifestations.

Après la révolte, le gouvernement installe une Commission d’enquête débouchant sur quelques lois sociales. Mais avant tout, le pouvoir bourgeois cherche à empêcher toute nouvelle insurrection révolutionnaire en renforçant son appareil légal répressif. Ces lois sont utilisées aujourd’hui encore contre les actions syndicales comme à Anvers et Liège.

L’amorce d’une législation sociale

À la prise de conscience du monde ouvrier répondent l’amorce d’une législation sociale, mais aussi la formation rapide du POB et du mouvement ouvrier socialiste, ainsi que la naissance de la démocratie chrétienne. Dès la fin de ces événements carolorégiens, en effet, s’amorce un irrésistible mouvement ininterrompu qui va permettre l’amélioration progressive de la condition des travailleurs et de la population belge. Un exemple : c’est en 1897 que, sur la proposition du Docteur Descamps, le Conseil provincial du Hainaut fonda l’Institut d’analyses bactériologiques devenu, dès 1904, l’Institut Provincial d’Hygiène et de Bactériologie. On peut juger de l’importance considérable d’une telle initiative, prise à une époque où les notions d’hygiène étaient méconnues de la population et la protection au travail complètement ignorées par les patrons.

Les grèves de 1886, celles qui ont suivi et les luttes ouvrières depuis 150 ans, ont forcé peu à peu, souvent à l’arraché, parfois en fonction des opportunités, la construction de systèmes de protection sociale et de droits démocratiques. A partir de là naîtra la « Sécurité sociale » avec ses différentes « branches » et, dans la foulée, une législation sur le droit et la santé au travail, mais aussi un système de santé organisé sur un principe de qualité et largement accessible à l’ensemble de la population. Cette protection sociale, comme les luttes dès le départ en furent le prélude, est fondée sur la solidarité qui en reste aujourd’hui le socle indispensable. Nous continuons à bénéficier de ses effets de manière convaincante : l’actualité autour de l’épidémie du coronavirus en démontre le bien-fondé au profit de l’ensemble de la population. Hommage et respect aux martyrs ouvriers de 1886 ! Nous voulons raviver la mémoire de ces combats historiques, comme base et motivation à notre participation aux luttes sociales et syndicales d’aujourd’hui pour une meilleure protection sociale des travailleurs et de la population.

*Signataires : Adrian Thomas, historien MWB ; Aline Bingen, sociologue du travail à l’ULB ; Angeline Van Den Rijse, présidente AC et ABVV Flandre-Orientale ; Anne Morelli, historienne, professeure honoraire ULB ; Antonio Cocciolo, président FGTB Métal Hainaut-Namur ; Bruno Verlaeckt, président Algemene Centrale Antwerpen-Waasland et ABVV Antwerpen ; Camille Vanbersy, historienne, CARHOP asbl ; Caroline Copers, secrétaire générale Vlaams ABVV ; Carlo Briscolini, secrétaire régional, Centrale Générale FGTB Charleroi ; Chantal Doffiny, présidente du MOC Charleroi Thuin ; Christian Viroux, verrier, ancien secrétaire régional CG-FGTB Charleroi ; Dominique Fervaille, présidente du Bureau des Femmes FGTB Bruxelles ; Eddy Van Lancker, ancien secrétaire fédéral ABVV ; Eric Geerkens, historien, Université de Liège ; Esteban Martinez, professeur à l’ULB ; Estelle Ceulemans, secrétaire générale FGTB Bruxelles ; Fabrice Eeklaer, secrétaire fédéral CSC Charleroi-Sambre&Meuse ; Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la CNE (CSC) ; Francine Bolle, docteure en Histoire, ULB ; François D’Agostino, historien, ACJJ ; François Welter, historien, CARHOP asbl ; Gaby Colebunders, représentant du peuple PVDA ; Gaby Jaenen, militant, ancien secrétaire syndical AC-ABVV Limburg ; Geoffrey Goblet, secrétaire général Centrale Générale FGTB ; Gerard Monseux, échevin honoraire de la Ville de Charleroi et socialiste rovien ; Gui Heyrman, secrétaire retraité ABVV Metaal ; Hillal Sor, secrétaire général FGTB Métal ; Isabelle Wanschoor, secrétaire principale CNE Hainaut ; Jacques Coupez, conseiller communal honoraire de Charleroi (PC) ; Jan Buelens, avocat Progress Lawyers Network et enseignant en droit du travail UA/ULB ; Janneke Ronse, présidente Geneeskunde Voor Het Volk ; Jean-Marie Léonard, Atelier Santé Charleroi ; Jean-Louis Delaet, directeur du Bois du Cazier (à titre personnel) ; Jef Maes, ancien secrétaire fédéral ABVV ; Jilali Laaouesj, docteur en médecine ; Jozef Mampuys, historien, oud-vrijgestelde ACV ; Julien Dohet, historien, Vive la Commune ! Vive la Sociale ! ; Karel Van Bever, médecin de famille, Geneeskunde Voor Het Volk ; Laurent Vogel, chercheur associé à l’Institut syndical européen ; Leïla Lahssaini, avocate droit du travail, PTB ; Luc Peiren, chercheur ; Ludo Bettens, historien à l’IHOES ; Maxime Coopmans, C-Dast ; Marc Goblet, député fédéral ; Marc Moreau, secrétaire régional CSC-BIE Charleroi ; Marc Rigaux, professeur émérite en droit du travail UA ; Mateo Alaluf, professeur honoraire de l’ULB ; Myriam Delmée, présidente Setca-FGTB ; Pascale Vielle, professeure de droit social à l’UCLouvain ; Patrick Deboosere, Interface Demography Department of Sociologie, VUB ; Patrick Vandenberghe, président CSC-BIE ; Paul Lootens, Collectif 1886 Charleroi – Roux ; Pierre Cuppens, secrétaire général CSC-BIE ; Riet Vandeputte, Cenforsoc ; Robert Plasman, professeur honoraire ULB ; Robert Tangre, président ACJJ – Association Culturelle Joseph Jacquemotte ; Selena Carbonero, Femmes FGTB Wallonne ; Serge Deruette, professeur à l’UMons ; Sofie Merckx, médecin MPLP, député fédéral PTB ; Vincent Pestieau, secrétaire régional FGTB Charleroi – Sud Hainaut ; Wouter De Vriendt, député fédéral Groen, chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre.

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