Carte blanche: Non à un aménagement du territoire dicté par une logique de profit!

La prison de Haren est un exemple parmi d’autres de constructions contre lesquelles se dressent des collectifs citoyens opposés à l’urbanisation croissante des espaces verts.
La prison de Haren est un exemple parmi d’autres de constructions contre lesquelles se dressent des collectifs citoyens opposés à l’urbanisation croissante des espaces verts. - Belga

Qu’y a-t-il de commun entre un poulailler industriel en Ardennes, une ligne à très haute tension dans le Hainaut, un centre commercial à Namur, une friche bruxelloise en voie d’urbanisation, un zoning industriel aux portes d’Arlon, une extension d’aéroport sur les hauteurs de Liège et des lotissements de quatre-façades aux quatre coins de la Wallonie ?

Réponse : tous ces projets d’aménagement tentent de grappiller de nouveaux espaces au nom d’un modèle de développement économique centré sur l’exploitation effrénée des ressources. Avec un impact ravageur sur les territoires concernés : bétonnage, artificialisation des sols, pollutions en tout genre, étranglement financier du monde paysan et accentuation des fractures sociales dans un cadre de vie dévasté.

Refusant cette dynamique infernale, de nombreux collectifs citoyens organisent la riposte. Guidés par une logique de bien commun, ils luttent pour préserver et défendre les milieux de vie auxquels ils sont attachés. Souvent créés dans l’urgence et portés par des non-spécialistes, ils font irruption dans les débats publics et contribuent à politiser les questions d’aménagement du territoire.

Une richesse collective à défendre

Quoi de plus politique en effet ? Nous voici face aux dérèglements climatiques, à la perturbation du cycle de l’eau, à la sixième extinction des espèces, à la disparition des petites exploitations agricoles et à l’explosion des inégalités sociales : la façon dont nous agissons sur nos territoires n’a-t-elle pas des implications décisives pour chacun·e d’entre nous ?

En ce moment même, le confinement de nos activités sociales montre combien l’accès à des espaces extérieurs de qualité est crucial et inégalement distribué. Une grande partie de la population ne dispose pas d’un jardin et doit trouver ailleurs des espaces pour s’aérer et se ressourcer. Les parcs publics, jardins partagés, potagers collectifs, friches bourdonnantes de vie, chemins forestiers et paysages ruraux préservés ne sont pas de simples ornements accessoires. Ils sont une véritable richesse collective à défendre, à chérir, à étendre et à rendre davantage accessible.

Voyant tout cela, pouvons-nous encore laisser libre cours à un modèle d’aménagement du territoire dicté par une logique de profit ? Faut-il céder aux promoteurs immobiliers et aux pouvoirs publics quand ils s’entêtent dans une voie sans issue à la seule fin d’accroître le capital d’acteurs privés ? Faut-il faire semblant de croire à leurs nouvelles rhétoriques « éco-durables » ? N’est-il pas plutôt temps de changer de direction et d’élaborer des relations apaisées avec nos milieux de vie ?

Se renforcer mutuellement

Trop longtemps, les personnes opposées à des projets d’aménagements soi-disant « ambitieux » ont été qualifiées de « Nimby » (« Pas Dans Mon Jardin ! »), accusées de défendre égoïstement leur intérêt particulier face aux intérêts supérieurs de la société. Mais aujourd’hui, cet argument ne tient plus. Car si l’attachement à un lieu reste un puissant moteur d’action, les groupes qui luttent pour la protection d’un territoire apparaissent de plus en plus comme les véritables gardiens de l’intérêt collectif.

Depuis quelques années, élargissant leur lutte initiale, certains de ces collectifs se rencontrent, tissent des liens de solidarité et se renforcent mutuellement. C’est ainsi qu’est né Occupons le Terrain  : un réseau qui veut recenser, cartographier, fédérer, outiller et faire entendre les citoyens et citoyennes qui défendent nos milieux de vie. Pas à pas, d’échanges de pratiques en mobilisations partagées, ce réseau a grandi, accumulant de l’expérience et des compétences pour tenir en échec les bétonneurs les plus voraces…

Aujourd’hui, Occupons le Terrain est heureux de partager ce savoir-faire, sous la forme d’un Manuel de résistance aux projets inadaptés, imposés & nuisibles, librement accessible et gratuit.

Incarner un changement de modèle

Ce manuel peut être vu comme une prise de responsabilité, une réaction face aux graves carences des pouvoirs publics : manque de prise en compte des ravages écologiques, manque de débat démocratique sur la façon d’aménager nos lieux de vie, manque d’attention aux envies et aux idées des populations, manque de temps laissé aux citoyen·nes pour réagir à une enquête publique, manque d’informations compréhensibles et d’accès aux dossiers…

Fatigué·es de subir ces carences et de les dénoncer en pure perte, les membres d’Occupons le Terrain ont donc choisi de créer ensemble un outil commun, accessible à toutes celles et tous ceux qui veulent incarner un réel changement de modèle, dans l’intérêt des générations présentes et à venir.

Le Manuel de résistance aux projets inadaptés, imposés & nuisibles constitue une première réalisation tangible, concrète, efficace, dont chacun.e peut s’emparer dès aujourd’hui. C’est aussi, à plus long terme, une invitation aux rencontres, aux partages de savoirs ainsi qu’aux actions concertées pour renouveler le débat public… et occuper le terrain.

*Les 30 collectifs citoyens signataires : Association du Rî des Moulins (Beyne-Heusay) ; Autour des Orchidées (Grivegnée, Liège) ; Collectif « Forêts pour tous » (Chiny) ; Collectif citoyen du Hoogveld (Bruxelles) ; Collectif des Antennes (Lessive/Rochefort) ; Collectif Hondelange ; Collectif Nalvaux (Liège) ; Collectif Pays vert (Ath-Brugelette) ; Collectif pour la sauvegarde du Parc Léopold (Namur) ; Comité des citoyens de l’Aéroport de Liège (CCAL) ; Comité Liège Air Propre (CLAP) ; Comité N931 (Assesse) ; Groupement CHB (Cerexhe-Heuseux, Beaufays) ; Jardin collectif Le Dînée (Denée) ; La Nature Sans Friture (Frameries) ; Les Ami.e.s du Champ des Cailles (Watermael-Boisfort) ; Le Bois du Val (Seraing) ; Les Carottes du Pîreux (Tilff) ; Les Grenouilles du Bois l'Evêque (Liège) ; On n’est pas des Pilons ! (Nassogne) ; Plateforme Ry-Ponet (Liège, Beyne-Heusay, Fléron, Chaudfontaine) ; Sauvons Le Bois d’Avroy (Liège) ; Stop Alibaba & co – Front contre l’extension de Liège Airport ; Touche pas à mes Vennes (Liège) ; Tuiniersforum des Jardiniers (Région Bruxelloise) ; Un Air de Charteuse (Grivegnée, Liège) ; Un golf à Arlon ? ; Un Spa Nature ! ; Vert et Vie – Défense de la Roche aux Faucons (Esneux) ; Zablière – ZAD d’Arlon.

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