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Carte blanche: «Vooruit», un nouveau cap pour un parti en déclin?

Carte blanche: «Vooruit», un nouveau cap pour un parti en déclin?

Quelle mouche a donc piqué le nouvellement nommé « Vooruit » (« En avant ») et son président Conner Rousseau  ? Voici donc l’héritier du vieux Parti ouvrier belge (POB) qui change de nom, supprimant ainsi sa filiation socialiste, afin d’adopter une appellation (que certain.e.s qualifieront de creuse) marquant un tournant organisationnel et idéologique du parti ; appellation elle-même un temps envisagée par… l’Open VLD et rappelant instantanément la dynamique macroniste de la République en marche à nos concitoyens francophones.

Mais est-ce bien surprenant ? Nous expliquions dans une réflexion précédente (La Libre du 12 décembre) les ficelles théoriques permettant d’analyser avec recul certaines formes de réformes partisanes hautement symboliques du genre. En filigrane, l’appel à ne jamais envisager ces événements comme provenant de nulle part et comme causés par des facteurs compris uniquement de manière individuelle. Et bien qu’un changement de nom ne soit pas un changement organisationnel en tant que tel, celui-ci revêt néanmoins une importance non négligeable puisqu’il concerne l’image publique d’un parti gommant son marqueur idéologique historique le plus visible.

Le parachèvement d’un projet politique

Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cette mini-révolution chez les (ex- ?) socialistes du nord du pays. Premièrement, l’avènement d’un nouveau leader de parti insuffle inévitablement une dynamique propice au changement. Indiquant d’entrée de jeu sa volonté de moderniser son parti, Conner Rousseau a marqué des points en faisant monter l’ancien sp.a au gouvernement fédéral après une cure d’opposition, a détonné en nommant le vieux de la vieille Frank Vandenbroucke ministre de la Santé, a étonné par certaines de ses sorties médiatiques en rupture avec le corpus idéologique habituel des socialistes et a été un militant acharné de la digitalisation de son parti dès le début de sa campagne présidentielle. La symbolique derrière ce changement de nom vient donc parachever un projet politique pensé dans le chef du jeune président.

Une quête de renouveau

Deuxièmement, le déclin linéaire du nombre d’affiliés socialistes depuis les années 1980 constitue un problème de taille pour ce parti né « parti de masse » pour qui la base militante constitue un terreau essentiel du projet politique. À ce titre, d’aucuns peuvent se poser la question de savoir si la disparition du mot « socialiste » du nom du parti marque une volonté assumée de rompre avec cette culture politique ou, au contraire, si elle constitue une stratégie marketing destinée à attirer un nouveau public. Nul ne peut néanmoins nier la pression exercée par cette fuite importante des membres sur le parti en quête de rupture et de renouveau.

Retrouver un second souffle

Troisièmement, il est difficile d’ignorer la situation électorale compliquée du désormais 5e parti flamand (9 sièges), largué par la N-VA (25) et le Vlaams Belang (15), devancé par l’Open VLD (12) et le CD&V (12), talonné par Groen (8) et bientôt menacé sur sa gauche par la montée en puissance du PTB-PVDA (3). Profitant d’une visibilité boostée par le franc-tireur Vandenbroucke au sein de la coalition fédérale, ce changement de nom peut donc également être interprété comme une tentative tardive de retrouver un second souffle en repositionnant le parti comme la force progressiste et moderne du nord du pays.

Une idée contagieuse

Enfin, il faut également garder à l’esprit que ce changement de nom intervient au moment où plusieurs partis ont eux aussi lancé, plus ou moins publiquement, une réflexion sur leur propre label, nous laissant donc dans l’attente de voir si la mise en orbite de Vooruit restera un épisode isolé, ou si elle inaugurera une séquence prolongée par d’autres acteurs politiques du paysage belge.

Reste à savoir si un tel renouvellement de label constitue réellement une panacée contre les problèmes rencontrés plus généralement par les partis politiques traditionnels belges. Et au vu des changements de noms en cascade effectués par ces mêmes partis au tournant des années 2000 et de leur trajectoire depuis, rien n’est moins sûr.

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