Carte blanche: Le pluralisme, condition essentielle d’une science créative et socialement utile

Le pluralisme scientifique est essentiel pour permettre à la science de renouveler ses modes de pensée et déployer sa créativité.
Le pluralisme scientifique est essentiel pour permettre à la science de renouveler ses modes de pensée et déployer sa créativité. - Bruno d’Alimonte

La crise du Covid-19 a profondément bouleversé les rapports de la science avec le politique et la société, notamment dans la perception et la gestion des risques. Des domaines scientifiques pointus tels que l’épidémiologie ou la zoonotique, se sont soudain trouvés sous le feu des projecteurs médiatiques. Dans les débats qui ont suivi, le public s’est emparé de sujets jusqu’alors réservés aux spécialistes des disciplines scientifiques. Le politique a pesé de son poids symbolique, financier et coercitif, pour (in)valider certaines approches de recherche et les formes de connaissance qu’elles génèrent.

Plus récemment, ce phénomène s’est invité au sein des sciences sociales où la « chasse à l’islamo-gauchisme » a suscité une mise en cause plus large des recherches critiques, soulevant de vives controverses quant à la nature des connaissances scientifiques, leurs formes de légitimité, leur régulation souhaitable et leurs modalités de transmission à différents publics, y compris via les réseaux sociaux.

L’idéal illusoire d’une science porteuse de vérité absolue

La tentation d’un contrôle apte à imposer une forme de pensée unique n’est pas sans séduire, au sein même de nos disciplines, ceux et celles qui tels Auguste Comte, père fondateur des sciences sociales, cherchent certitude et réconfort dans une science technicienne, réduite à la sèche observation des « faits », épurée de toute forme de débat, d’interprétation, voire de théorisation. S’il s’agissait pour Auguste Comte, d’ouvrir l’ère d’une société moderne adossée à la science et libérée des obscurantismes religieux, l’enjeu semble être aujourd’hui de retrouver l’idéal illusoire d’une science pure, porteuse de vérité absolue.

Il faudrait pour cela, nous dit-on, mettre en sourdine les décennies de réflexion critique menées par la philosophie des sciences, et par les scientifiques eux-mêmes, sur le caractère provisoire des connaissances scientifiques, la réfutabilité des hypothèses qui les sous-tendent, et la pluralité des formes de savoirs à prendre en compte dans la construction des politiques publiques et l’organisation de nos sociétés.

Pas d’innovation sans diversité de points de vue

Ici réside pourtant un autre type de menace, bien plus profonde et potentiellement destructrice pour les communautés scientifiques comme pour la société dans son ensemble, celle d’une gouvernance excessivement monolithique, homogène et centralisée. Car lorsque la crise est multiforme – sociale, environnementale, financière ou économique – et qu’elle touche aux fondements mêmes du modèle sur lequel s’élaborent nos économies et nos sociétés, c’est dans la diversité des points de vue, des savoirs et des cultures, que réside notre capacité d’innovation collective, pour réinventer un rapport au monde plus juste et respectueux des autres et de la nature.

Le pluralisme est alors essentiel pour permettre à la science de renouveler ses modes de pensée et déployer sa créativité en tissant des liens nouveaux entre biologie, écologie et santé, ou entre économie, politique et société. Il est aussi indispensable pour articuler les temporalités propres aux acteurs sociétaux, citoyens, chercheurs, industriels ou politiques. La chasse au « communautarisme » ne doit pas nous faire oublier que cette diversité des formes de savoirs et des postures scientifiques, essentielle à l’élaboration d’une pensée critique et à la résilience de notre société sur le long terme, ne peut se développer que dans des espaces ouverts, décentralisés, libres de concevoir des formes d’adaptation multiples.

(1)  « Cet islamo-gauchisme qui cherche à embrigader l’université ».

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