Carte blanche: La superbe imposture européenne du grand traité sur le coronavirus

Carte blanche: La superbe imposture européenne du grand traité sur le coronavirus
Photonews

Comment masquer une réalité ? Réponse : en la recouvrant de l’apparence inverse. C’était la technique chère à Staline, notamment : la maskirovka. Ainsi, la Constitution soviétique de 1936 offrait un reflet merveilleux de démocratie, pendant qu’on torturait les marées d’opposants à la Loubianka. Les leaders européens sont devenus des experts en maskirovka. Plusieurs en donnent une démonstration étincelante dans leur plaidoyer pour « un traité international pour lutter contre le covid ».

Naturellement, personne ne veut s’opposer à un traité international pour la santé, pas plus que pour la tarte aux pommes, la promotion de la paix ou l’amour maternel. Là réside le merveilleux : chacun améliore son image personnelle de leader inspiré – sans que cela coûte quoi que ce soit. On comprend donc qu’Angela Merkel, Emmanuel Macron, Pedro Sanchez, Klaus Iohannis, Marc Rutte, Antonio da Costa et Charles Michel se soient bousculés pour signer. Rien de tel pour lancer un beau communiqué de presse étalant aux électeurs combien ils défendent les grandes valeurs de l’univers. (Ce n’est d’ailleurs nullement un monopole de l’Union, comme le montre Boris Johnson, réclamant aussi ce traité alors qu’il annonce régulièrement la violation d’autres).

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

D’abord, « de garantir un accès universel et équitable à des vaccins, à des médicaments ». « La vaccination est un bien public mondial ». Donc, pense le lecteur, l’Union européenne va plaider en faveur d’un accès universel aux brevets des vaccins et des médicaments. Ou au moins elle va acheter lesdits brevets pour les transférer. Malheureusement, c’est juste le contraire. L’Union fait partie à l’OMC des opposants les plus farouches à l’utilisation ouverte de ces brevets. (La présidente de la Commission, Mme von der Leyen, a déjà effectué ce tour de passe-passe, promettant un accès ouvert au début de la pandémie, en le torpillant discrètement à l’OMC par la suite).

Promesses non tenues

On passera sur la merveilleuse tartufferie d’offrir en théorie l’accès non discriminatoire aux vaccins. Depuis le début, les pays développés font exactement le contraire et absorbent toute la production disponible (comme la Chine l’a fait en 2020 pour les masques, avant de notifier la pandémie au reste du monde). Personne en Europe n’a jamais proposé de les partager de suite avec les pays en développement, et il n’y a aucun risque que cela se produise (en revanche, il y aura un jour une redistribution de vaccins devenus dépassés).

Le texte parle ensuite « d’améliorer les systèmes d’alerte, la mise en commun des informations, la recherche, ainsi que la production et la distribution locales, régionales et mondiales de moyens médicaux ». Naturellement, donc, pense le lecteur, l’Union européenne va plaider pour des transferts financiers en faveur de ces objectifs. Malheureusement, à nouveau, c’est juste le contraire. Sa priorité réside dans les exportations de ses producteurs privés. Si elle a transféré un peu d’argent à l’OMS, c’est à la condition de ne pas mettre en danger leurs intérêts. Qui paie décide.

Et, pour « le renforcement de nos capacités et de nos systèmes », on va donc mettre un terme à l’évasion fiscale européenne qui permet aux sociétés transnationales (dont certains producteurs pharmaceutiques) d’échapper à tout impôt, et ainsi de saigner les budgets publics de santé ? Car les brevets, notamment pharmaceutiques, constituent un des vecteurs privilégiés de cette évasion, notamment en Irlande et aux Pays-Bas. Malheureusement, à nouveau, c’est juste le contraire. Donc, certains pays (comme les Pays-Bas, signataires), pour gagner 25 millions d’euros, vont continuer à en faire perdre 100 fois plus à leurs partenaires bien-aimés.

Le texte parle encore de l’accélérateur ACT, organe créé pour accélérer la mise en œuvre des instruments contre la pandémie. Il affirme qu’il s’est montré, « à bien des égards, à la hauteur des attentes ». Cette désinformation occulte la réalité. Si cet organe a été créé sur la base de promesses de 38 milliards de $, 22 milliards n’ont toujours pas été versés. L’organe a-t-il besoin d’un nouveau traité ? Absolument pas. Il a juste besoin que les chefs de gouvernement respectent leurs promesses.

Nul besoin d’un énième traité international

En réalité, on n’a absolument pas de besoin d’un traité pour faire tout cela. Il suffit aux gouvernants européens de pousser des décisions au Conseil européen dans ce sens et à Charles Michel, notaire local, de les mettre à l’ordre du jour. La seule utilité d’un nouveau traité consistera à procurer au public, pendant de longues négociations, l’illusion de l’action alors qu’en réalité rien ne change.

De façon générale, le monde possède déjà assez d’accords internationaux sur le sujet, de la Charte de l’Organisation mondiale de la santé de 1946, au règlement sanitaire de 2005, en passant par les exceptions de l’OMC sur la propriété intellectuelle. Ce dont il manque – cruellement – c’est de gouvernements honnêtes et courageux pour les mettre en œuvre. C’est ce décalage toujours plus grand entre la propagande politique et la réalité qui nourrit le scepticisme de plus en brutal de l’opinion publique.

Moins de discours, plus d’actes

En proposant d’empiler encore un texte vide en plus sur une colonne de textes non exécutés, plutôt que de prendre des mesures concrètes (une solution très belge), les gouvernants européens prouvent que leur objectif prioritaire ne consiste pas à régler les problèmes réels, mais à contempler chaque matin l’illusion de leur grandeur dans le miroir complaisant des médias. Si on veut vraiment lutter contre la pandémie, il faut au contraire moins de discours, et plus d’actes.

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