Carte blanche: Il aurait mieux valu qu’un algorithme nous vaccine

Carte blanche: Il aurait mieux valu qu’un algorithme nous vaccine
Belga

Même le plus technophobe de nos concitoyens reconnaîtra trois vertus essentielles aux algorithmes :

1. Il n’y a pas mieux pour manipuler des nombres et optimiser des quantités

2. Le gain de temps qu’ils permettent est évident (Waze, Google, les applications bancaires…)

3. Leur rigidité et difficulté de détournement rendent la fraude bien plus difficile (on détourne toujours un avion avec une kalachnikov et non en écrivant des lignes de code).

Depuis le début de la crise, les pays qui ont fait le meilleur usage des dispositifs logiciels pour le repérage des contacts, l’organisation des quarantaines, celle des tests, sont parmi ceux qui ont à déplorer le moins de victimes, typiquement les pays d’Extrême-Orient, y compris les moins liberticides d’entre eux. Et l’on comprend pourquoi, eu égard aux deux premières vertus énoncées plus haut : cette crise est parsemée de nombres à minimiser : le taux de reproduction, le nombre de cas graves et de contacts, ou à maximiser : la distance sociale, le nombre de tests…, et une course de vitesse contre le virus et ses variants est toujours en cours. Le virus est le maître du temps, nous a déclaré le président français.

J’ai largement eu l’occasion de critiquer l’usage qui a été fait de ces dispositifs logiciels et les failles extraordinaires que cette crise a permis de révéler dans l’exploitation par les services publics de ces mêmes dispositifs, censés pourtant nous aider à mieux vivre et mieux cohabiter avec nos pairs. Après l’échec de l’app Bluetooth (pour le repérage des contacts), les difficultés initiales pour l’organisation des tests, on s’est retrouvé, malgré un an de crise, à subir, au départ de la vaccination, des couacs insupportables pour la prise de rendez-vous vaccinale, ainsi que des jeunes gens, en bonne santé et en télétravail, levant la manche de chemise avant des anciens assaillis de comorbidités. Quelle drôle d’idée d’avoir, en Belgique, à la différence de nombreux pays européens, pris la main pour envoyer les invitations de vaccination sans avoir préalablement permis aux personnes de déclarer qu’elles souhaitaient se faire vacciner. Résultat, un nombre insupportable d’invitations restées sans réponse et, aujourd’hui, de devoir compenser par une béquille logicielle appelée QVAX.

Empêcher la fraude

Or, cette campagne de vaccination est l’exemple même d’une situation de crise pour laquelle une assistance algorithmique s’avère plus que vitale. Il est nécessaire de combiner au mieux trois quantités : les doses vaccinales disponibles et qui varient tout le temps, les cohortes de patients devant se faire vacciner et la capacité des vaccinodrômes ou autres lieux de vaccination. Il faut vacciner le plus et au plus vite, et il faut empêcher la fraude et les passe-droits, inévitables dès que l’homme reprend les commandes, et qui ont fait dans certains pays tomber des ministres et autres personnages influents. Chez nous, à nouveau, certaines inversions de priorité ont été imputées à ces fameuses dernières doses qu’il faut administrer au plus vite. Ce n’est en rien une bonne raison car, à nouveau, un bon algorithme, et ces dernières doses auraient été administrées à qui de droit et dans le respect des priorités, pas aux copains.

Une capacité à réaliser un appariement parfait

Les informaticiens sont habitués à une famille d’algorithmes dits de mariage stable ou Gale-Shapley (ils sont à l’œuvre, par exemple, dans les greffes d’organes, dans le décret inscription ou Parcoursup, le système automatisé d’inscriptions dans les universités françaises), qui sont capables de réaliser l’association parfaite entre plusieurs acteurs essentiels, ici les patients et les vaccins, a fortiori quand l’un des deux, les vaccins, est sujet à pénurie. Ces algorithmes démarrent avec un ordonnancement des premiers acteurs par rapport aux deuxièmes. Ainsi, chaque patient pourrait ordonner ses vaccins potentiels par ordre de préférence, ainsi que ses lieux de vaccination, et de leur côté, chaque vaccin pourrait faire de même pour les patients (les lieux quant à eux pourraient ordonner les patients par proximité géographique). L’algorithme réalise l’appariement parfait, associant par exemple les plus prioritaires des patients aux vaccins adéquats et dirigeant ces patients en des lieux faciles d’accès. Une fois dans les mains de cet algorithme, toute fraude devient quasi impossible, et votre téléphone vous informe, vous et personne d’autre, du lieu et de l’heure du rendez-vous vaccinal. Cet algorithme, au moins dans sa logique, devrait être connu de tous et, mieux encore, décidé par tous, notamment les priorités à accorder aux patients.

Car si le bon sens, presque unanimement partagé, a permis de donner la priorité aux personnes âgées et/ou souffrant de comorbidités, dès lors qu’il s’agit de décider quel travail est plus essentiel qu’un autre aux yeux du virus, c’est une tout autre histoire ! On appréhende la foire d’empoigne. Et c’est là que la fameuse petite assemblée citoyenne voulue en France par le président Macron aurait vraiment pu faire toute la différence. Une fois ces citoyens tombés d’accord ou s’alignant sur la majorité, on aurait écrit ces priorités, de façon claire et transparente, dans le marbre de l’algorithme. Et rien ni personne n’aurait pu l’en faire s’écarter ! Enfin, que l’argument de la vie privée ne vienne pas entraver cette démarche ! Comme on l’a lu dans les journaux, surtout pour les personnes présentant des comorbidités et qui, d’un seul coup, seraient devenues plus que réticentes à dévoiler leur obésité ou leur hypertension aux yeux du public. On conçoit bien l’absurde de la chose quand des vies sont en jeu.

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