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Carte blanche sur le «sofagate»: il faut en finir avec l’immobilisme des mentalités

Carte blanche sur le «sofagate»: il faut en finir avec l’immobilisme des mentalités
Belga

Madame la Présidente,

C’est avec consternation que le Conseil des Femmes Francophones de Belgique (CFFB) a pris connaissance de la gravité de « l’incident protocolaire » qui vous a été infligé dans le cadre de votre récente mission à Ankara. Le CFFB se joint au tollé d’indignation pour vous témoigner de sa totale solidarité.

Cet épisode est symptomatique des maux dont souffrent nos sociétés, entre les déclarations égalitaires aux plus hauts sommets institutionnels et la réalité des discriminations subies par les femmes tout au long de leur vie.

Nous saluons la dignité avec laquelle vous avez pu gérer une telle situation, sous le feu des projecteurs en terrain diplomatique difficile, alors que vous avez tant œuvré pour garantir le succès de cette mission.

Votre discours du 6 avril 2021, suite à cette rencontre avec le président Erdogan, nous rassure puisque vous soulignez, outre les enjeux économiques, climatiques et migratoires, votre inquiétude quant au retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul pour l’élimination des violences envers les femmes.

Vous rappelez à bon escient que le respect des droits humains fait partie intégrante du partenariat entre l’Europe et la Turquie, ce pays étant par ailleurs membre fondateur du Conseil de l’Europe et candidat à l’adhésion à l’UE. Les dispositions de l’article 8 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne sont claires : « Pour toutes ses actions, l’Union cherche à éliminer les inégalités, et à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes ».

En annonçant retirer sa signature de la Convention d’Istanbul, le président Erdogan envoie un message inacceptable : prévenir les violences envers les femmes et punir ceux qui les commettent n’est plus à l’ordre du jour en Turquie, là où chaque jour, au moins une femme meurt sous les coups de son mari ou conjoint.

Sexisme structurel

A cette violence réelle, insoutenable, répond la violence symbolique du « Sofagate ». Les archives photographiques démontrent que, lors d’une rencontre similaire avec votre prédécesseur, il y avait bien trois sièges pour trois hommes… Ce pitoyable épisode confirme que le sexisme est structurel et révèle l’immobilisme des mentalités qui, consciemment ou non, perpétuent la volonté de domination des mâles sur les femmes, quoi qu’en disent les protagonistes.

Tout en vous témoignant de notre solidarité, nous regrettons que vous, qui avez gravi les échelons du pouvoir et qui n’avez pu ou voulu réagir qu’en acceptant finalement d’être placée « sur le côté », envoyiez un tel message de résignation aux Européennes qui, chaque jour, doivent faire face à des discriminations, des insultes, des passe-droits, en clair à la domination masculine. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Avant d’être idéologie, le sexisme est une histoire de place : ne pas laisser de place aux femmes, ne pas partager le pouvoir ; au contraire, l’exercer contre elles !

Le président turc ne pouvait rêver plus belle image que celle de la femme la plus puissante des institutions européennes traitée avec autant de dédain. Le piège de l’image a permis à n’en point douter à ce chef d’Etat de conforter une image qu’il cultive. Il est certainement celui de ceux qui ne pouvaient ignorer un dispositif protocolaire qui vous a volontairement mise à l’écart. Votre « hum », déjà légendaire, en atteste !

Reprendre la lutte

Ce serait faire preuve de naïveté de croire que le président Erdogan se plierait à respecter des principes et des valeurs qu’il dénonce ouvertement. L’annonce du retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul s’inscrit dans ce cadre et n’est certainement que le sommet de l’iceberg d’un mal profond qui gangrène une société en proie aux discriminations en matière de genre. Les femmes doivent reprendre la lutte et, en chœur, les paroles d’une ironie amère de l’hymne des femmes : « Debout ! Debout ! Debout ! »

Le CFFB entend en finir avec l’immobilisme des mentalités, les dégâts que la « realpolitik » inflige aux aspirations à l’égalité, l’écart persistant entre les bonnes intentions, même traduites dans des conventions, et la perpétuation des stéréotypes sexistes à tous les niveaux, collectivement et individuellement.

Le CFFB condamne avec la plus grande fermeté le traitement qui vous a été infligé en tant que Présidente de la Commission européenne, et qui est une insulte à toutes les femmes.

Le CFFB appelle l’UE à ne plus jamais transiger sur ses fondamentaux, ses principes et ses valeurs, quels que soient les intérêts en jeu. A ce titre, le principe d’égalité entre les femmes et les hommes ne saurait souffrir aucune exception. « Choisir la cause des femmes » et œuvrer pour que, toutes en Europe, aient les mêmes droits, c’est l’objectif que nous continuerons à poursuivre, en vous espérant à nos côtés.

Pour que l’égalité ne soit plus un mot creux, mais une réalité de chaque instant, pour toutes les femmes.

Veuillez croire, Madame la Présidente, en l’expression de nos respectueuses salutations.

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