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Carte blanche: «Repenser l’évaluation pour prendre soin des ados à l’école!»

Carte blanche: «Repenser l’évaluation pour prendre soin des ados à l’école!»
Belga

L’École et la santé des jeunes ont été, et on peut s’en réjouir, relativement préservées par la crise sanitaire. Mais peut-on dire que les enfants et les jeunes ont été au centre des préoccupations en tant que sujets de droits ? S’est-on vraiment occupé de leurs besoins de base et de leur santé mentale ?

Élèves, parents, pédiatres, pédopsychiatres, professionnels psycho-médico, travailleurs sociaux, animateurs socio-culturels ont pris le temps de regarder dans le rétroviseur pointé vers le 16 mars 2020 et y ont vu plus d’une année en mode covid. Et une année pareille, ça se regarde, ça s’évalue, ça se questionne, et ça impose d’ouvrir l’imaginaire et les possibles aussi.

Comme vous, ils constatent qu’une année de crise sanitaire, de confinement, de restrictions, de privations sociales/sportives/culturelles, de problèmes médicaux peut-être, de peine et de deuil parfois, de solitude, d’isolement, d’anxiété, ça laisse des traces et des maux. Le secteur des soins de santé mentale des jeunes est submergé par une vague de troubles graves tels que tentatives de suicide et troubles alimentaires sévères. Beaucoup de ces jeunes sont laissés sur le carreau par un manque structurel et aigu de ressources du secteur.

Le retour complet à l’école nécessite des modalités qui intègrent comme priorité que les adolescent·e·s n’y reviennent pas indemnes, qu’il faut prendre le temps de la parole et de l’écoute pour enfin sortir de l’isolement, réveiller les pulsions de vie plus ou moins anesthésiées ces derniers mois. D’abord le lien social, le plaisir d’être ensemble avec ses pairs, pour renouer avec le désir et la capacité d’apprendre.

Des réponses adaptées indispensables

Les adultes estiment sans doute que l’école en présentiel est d’office une bonne réponse pour le bien-être des jeunes et leur développement scolaire et psychosocial. Il est vrai que l’école peut apporter beaucoup plus aux jeunes qu’un pur enseignement scolaire. Sauf que pendant la dernière année, et malgré d’importants efforts, l’école n’a pas toujours pu apporter de réponses réellement appropriées et efficaces au niveau psychosocial, sans doute elle-même dépassée par une situation unique.

Face au mal-être des jeunes constaté de toutes parts, l’École doit élargir son approche et ne peut se focaliser uniquement sur l’acquisition des apprentissages. Traditionnellement, le mois de juin est consacré aux révisions et aux sessions d’examens avec à la clé la sanction des études. Sanction, vous avez bien lu ! Le poids des mots revêt toute son importance. Alors, affirmer qu’il faut tendre vers un retour au cadre d’évaluation le plus habituel possible est impensable. L’évaluation des élèves est une nécessité pour faire le point sur le niveau des acquis en vue de préparer les années suivantes, mais elle peut s’envisager de bien des manières, et surtout sans ajouter du stress à la situation pénible endurée. Les élèves ne peuvent faire les frais de la situation de crise en étant sanctionnés, ils doivent plutôt être accueillis, accompagnés et pris en compte avec empathie dans le retour à l’école.

Comment s’assurer que l’évaluation reflète aussi les efforts et les acquis sur le plan comportemental et psychosocial ? Les élèves se sont accrochés, ont appris à communiquer entre eux et avec leurs enseignants autrement, se sont approprié des outils et des méthodes de travail auxquels ils n’étaient pas préparés, ils ont fait preuve d’autonomie dans leurs apprentissages… Chapeau, les élèves ! Il ne faudrait pas passer à côté de tous ces apprentissages lorsqu’on leur reflétera quelque chose de ce qu’ils ont accompli au cours de cette année hors normes pour tout le monde mais pour eux en particulier.

Enrichir le cadre de fonctionnement

S’occuper vraiment du retour des adolescent·e·s à 100 % demande une réponse adaptée à la situation qui ne peut être centrée uniquement sur les performances scolaires. Cela suppose que l’École est autorisée de réduire le temps consacré aux apprentissages de contenus pendant les heures habituelles de cours pour enrichir son cadre de fonctionnement habituel :

– que l’école se donne comme priorité de prendre soin des élèves dans toute leur humanité d’ici la fin de l’année scolaire ;

– que les écoles puissent organiser des activités d’expression par la parole et par des médias créatifs, dans une perspective de promotion de la santé, y compris des temps de parole réguliers animés par des professionnels (1h par semaine par groupe- classe est nécessaire et suffisant) ;

– que les écoles soient effectivement un lieu de (re)socialisation et d’interactions informelles entre les jeunes, tout le temps ;

– que les écoles soient un lieu où les jeunes puissent bouger et être en mouvement. L’activité physique leur est indispensable ;

– que les écoles permettent aux jeunes d’être acteur·e·s de la vie collective à l’école : des choix d’activités décidés avec les jeunes ;

– que les écoles, en concertation avec les élèves, y fassent rentrer, par les portes et par les fenêtres ouvertes, mais de préférence en plein air, des acteurs du monde culturel et associatif comme autant de bulles d’air bien nécessaires au sein des « bulles-classe » (une activité dans l’école pendant le temps scolaire par semaine et une activité extra-muros par mois au moins).

Pour que les écoles soient en mesure de réaliser ces demandes, il est indispensable que le gouvernement fédéral octroie les moyens financiers nécessaires.

Notre cri : que l’école s’autorise à organiser une fin d’année riche et enjouée pour tous les élèves en mobilisant les forces vives de notre société pour offrir à cette jeunesse tout ce dont elle a besoin pour se développer et s’épanouir au regard de la crise qu’elle a, elle aussi, subie.

*Signataires : Bernard De Vos, Délégué Général aux Droits de l’Enfant ; Caroline Vrijens, Kinderrechtencommissaris, Dr. Delphine Jacobs, pédopsychiatre aux Cliniques Universitaires Saint-Luc et Wellbeing coordinator à la Pediatric Task Force ; Dr Dimitri Van der Linden, membre du GEMS ; Celine Nieuwenhuys, membre du GEMS ; Isabelle Aujoulat, Institute of Health and Society & Faculty of Public Health (UCL) ; Dr. Sophie Maes, pédopsychiatre, Unité pour adolescents au centre hospitalier psychiatrique Le Domaine ; Dr. Sofie Crommen, voorzitter Vlaamse Vereniging voor Kinder- en jeugdpsychiatrie en lid Wellbeing van de Pediatric Task Force ; Dr Ann De Guchtenaere, présidente de l’Académie Belge de Pédiatrie ; Dr Tyl Jonckheer, coordinateur de la task force pédiatrique Covid-19 ; Maud Dominicy, Advocacy Manager, Unicef Belgium ; Dirk Jacxsens, directeur général, Unicef Belgium ; Jesse Verlije, coördinator Vlaamse Scholierenkoepel ; Geoffroy Carly, Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CEMEA) ; Logan Verhoeven, Comité des Elèves Francophones (CEF) ; Joëlle Lacroix et Véronique de Thier, Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (Fapeo) ; Dirk Jacxsens, directeur général d’Unicef Belgique.

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