Fil info

Coronavirus: adoptez-vous toujours les gestes barrières?

Coronavirus: adoptez-vous toujours les gestes barrières?

Les experts le répètent : la campagne de vaccination ne permettra pas à elle seule de garantir une sortie de crise. Pour cela, ils comptent sur le respect des gestes barrières. « D’où l’importance de les évaluer de manière longitudinale », plaide le psychologue de la santé Olivier Luminet. Financée par la Fondation Louvain, une vaste étude se donne pour mission de suivre l’évolution de nos comportements en temps de covid.

Les premiers résultats viennent de tomber. Quatre autres coups de sonde seront réalisés dans les prochaines semaines. Afin de recruter un grand nombre de participants, un partenariat s’est établi avec Le Soir et le groupe Sud Presse. Jusqu’à fin juin, et ce toutes les trois semaines, les lecteurs peuvent répondre à des questionnaires récurrents. « Le but de cette étude n’est pas d’être moralisatrice, mais plutôt de comprendre les raisons qui sous-tendent les comportements de chacun (personnalité, émotions, normes sociales), et de prédire leur application à travers le temps, l’évolution de la pandémie, et des règles fixées par les autorités politiques. »

Dans le cadre de cette étude, les chercheurs insistent également sur l’engagement des participants afin de maintenir un échantillon similaire au fil des mois. Le second questionnaire d’une vingtaine de minutes est déjà disponible à cette adresse : https ://tinyurl.com/zxsnpe45

Coronavirus: trois francophones sur quatre respectent encore les gestes barrières

Par Charlotte Hutin

Plus de 40% des hommes de 18 à 35 ans (versus 30% pour les femmes du même âge) affirment ne suivre que faiblement le port du masque.
Plus de 40% des hommes de 18 à 35 ans (versus 30% pour les femmes du même âge) affirment ne suivre que faiblement le port du masque. - Pierre-Yves Thienpont.

Les mesures sanitaires sont bien respectées, mais certains sous-groupes les respectent nettement moins bien que d’autres. » Voici le constat dressé par un groupe de chercheurs en psychologie de l’UCLouvain. Financée par la Fondation Louvain, cette nouvelle enquête auquelle Le Soir et le groupe Sud Presse sont partenaires, s’est penchée sur le maintien (ou non) des gestes barrières au sein de la population. Les chercheurs ont évalué quatre comportements de santé recommandés pour limiter la propagation de l’épidémie : le lavage des mains, le port du masque, la distanciation physique et la limitation des contacts sociaux.

Près de 4.300 Wallons et Bruxellois ont participé à cette enquête financée par la Fondation Louvain entre le 1er et le 11 avril. Parmi eux, une légère majorité de femmes (56 %). L’âge moyen de ces personnes interrogées via les réseaux sociaux et la presse est de 51 ans. A l’instar des précédents baromètres de motivation, le niveau d’éducation demeure relativement élevé (46 % avec un master ou plus, 32 % avec un bachelier).

Une adhésion qui se maintient

Premier enseignement de l’enquête : les quatre comportements évalués sont suivis par 74 à 77 % des francophones. Le degré d’application des mesures a été mesuré sur une échelle proposant cinq options : presque jamais, rarement, occasionnellement, souvent, très souvent. En examinant la proportion de répondants qui s’engagent dans ces comportements de manière élevée, des variations se dégagent. La plus suivie est le port du masque (55 %), viennent ensuite la distanciation physique et la limitation des contacts sociaux (47 %), et le lavage des mains (43 %).

« Les dernières campagnes de sensibilisation et les médias mettent davantage en évidence l’importance du port du masque et de la limitation des contacts. Ce qui pourrait expliquer cette tendance », souligne Mathias Schmitz, assistant en psychologie à l’UCLouvain. Une autre explication pointe le risque de sanction en cas de non-port du masque ou lorsque la distance n’est pas respectée. Plus difficile, en effet, de vérifier la fréquence du lavage des mains. « Etant donné que les rapports scientifiques laissent entendre que les transmissions se font plutôt par voie orale », ajoute le professeur en psychologie de la santé Olivier Luminet. « Il serait intéressant d’avoir l’avis des virologues sur la nécessité de relancer les campagnes de sensibilisation sur le lavage des mains. »

Des convictions erronées

Les chercheurs ont également tenté de savoir dans quelle mesure l’application des gestes barrières variait d’un contexte à l’autre. Si les répondants sont nombreux à porter le masque lorsqu’ils ne peuvent pas maintenir une distance physique avec des inconnus (87 %), ils le sont nettement moins face à des amis (47 %). « On constate que le respect des mesures est plus facile dans certains contextes que dans d’autres », pointe Olivier Luminet. « Il n’y a pourtant aucune raison objective d’être plus prudent avec des inconnus qu’avec un ami. Enormément de contaminations ont lieu entre proches. »

Autre constat interpellant : alors que 72 % disent éviter les petits rassemblements dans les lieux publics, y compris en extérieur, ils ne sont plus que 48 % à respecter la bulle sociale sans distinction du lieu. Il est pourtant démontré que le risque de contamination est moindre en plein air. « A l’intérieur, il y a moins de contrôle. Or, la pression extérieure fait partie des raisons pour lesquelles les gens suivent les règles. Dans les prochaines enquêtes, nous évaluerons la motivation volontaire (intrinsèque) ou par devoir (extrinsèque). Une telle analyse détaillée s’avère cruciale, puisqu’elle permet de mettre en évidence les contextes spécifiques qui doivent être rappelés dans les campagnes de prévention. »

Les jeunes hommes moins motivés

Contrairement à ce qui avait pu être mis en évidence pour l’intention vaccinale, le niveau de scolarité n’influence pas le suivi des comportements investigués. Une différence notoire avec les rapports précédents du baromètre est que dans celui-ci, les chercheurs se sont focalisés sur l’application des comportements et non l’intention de les appliquer. « Plusieurs recherches montrent qu’en effet nos intentions ne se traduisent pas toujours en comportement, d’où l’importance de prendre aussi en compte les comportements effectifs. »

En revanche, il existe bel et bien un effet de genre. Les femmes affirment suivre davantage les mesures que les hommes avec un taux supérieur de 11 %. Une différence d’autant plus marquée pour le lavage des mains et le port du masque. « De manière générale, les règles sociales sont davantage respectées par les femmes. C’est visible dans différents milieux, tels que l’école et le travail », affirme Robin Wollast, collaborateur scientifique à l’ULB.

Comme le laissent indiquer les événements des dernières semaines, les jeunes sont moins enclins à suivre les mesures préventives. A l’exception du lavage des mains, le suivi des mesures s’accroît considérablement avec l’âge, avec des différences de plus de 25 % entre les extrêmes. Pas question de les blâmer pour autant. « La limitation des contacts et la distanciation physique se heurtent aux besoins de sociabilité des jeunes. Ils sont également moins concernés par les formes graves de la maladie », soutient Olivier Luminet.

Mais ce sont, avant tout, les jeunes hommes, âgés de 18 à 35 ans, qui respectent le moins les règles sanitaires. Plus de 40 % de cette catégorie (versus 30 % pour les femmes du même âge) affirment ne suivre que faiblement le port du masque. Cette différence de genre apparaît nettement moins chez les personnes plus âgées. « Les effets tendent à s’accumuler. A l’avenir, il serait intéressant d’axer les campagnes de sensibilisations sur les hommes de cette tranche d’âge en particulier. Mais nous avons bien conscience que ces mesures sont particulièrement difficiles à suivre pour eux. »

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Société