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Tony Blair: «En suspendant des vaccins, le risque est de susciter davantage d'hésitation»

Tony Blair: «En suspendant des vaccins, le risque est de susciter davantage d'hésitation»

Si le monde veut vaincre le Covid-19, il n'y a qu'un seul objectif : vacciner la planète le plus rapidement possible. Plus nous sommes lents, plus le risque de voir apparaître de graves mutations du virus qui nécessiteraient le développement de nouveaux vaccins est élevé, laissant le monde en perpétuel rattrapage et la maladie se propager.

La bonne nouvelle est que nous disposons déjà de plusieurs vaccins extrêmement efficaces. De nombreuses données provenant de pays comme l’Israël, la Grande-Bretagne, les Émirats arabes unis et les États-Unis, montrent noir sur blanc à quel point des programmes de vaccination bien gérés sont efficaces pour contrarier la propagation du virus et sauver des vies.

Mon institut a entrepris des mois de recherche et publiera prochainement un plan sur la manière dont le monde peut être entièrement vacciné d'ici la fin de 2021. C'est un objectif ambitieux. Un objectif qui nécessitera la distribution de milliards de doses, y compris dans certains des coins les plus isolés du globe. Mais, c’est un objectif qui est réalisable.

La clé de cette mission est l'accès à un vaccin à bas coût, facile de stockage, et disponible en larges quantités. Ce sont les vaccins qui seront le plus utilisés au monde - comme celui d'Oxford/AstraZeneca.

Insensé de suspendre le vaccin dans de telles conditions

Cependant, il n'y a aucune chance qu'un tel programme de vaccination mondial soit une réussite si le vaccin Oxford/AstraZeneca, et d'autres comme lui, sont discrédités sur la base d'inquiétudes injustifiées concernant leur sécurité et leur efficacité.

Il est clair que des problèmes de chaîne d'approvisionnement ont affecté la distribution d'AstraZeneca en Europe et qu'il y a des frustrations à ce niveau. Ces problèmes doivent être résolus et, espérons-le, le seront sans action prolongée en justice.

Mais lorsqu'il s'agit de la science et des données concrètes qui sous-tendent AstraZeneca et d'autres vaccins à adénovirus, il est essentiel que les dirigeants, les femmes et hommes politiques, et les régulateurs se mobilisent et reconnaissent que les vaccins sont sûrs, efficaces et fondamentaux pour assurer un déploiement mondial qui a une chance de protéger le monde.

Il est insensé, en période de pandémie, de suspendre le déploiement des vaccinations sur la base d’un nombre minime d'effets secondaires ayant été suspectés mais n’ayant pas, pour le moment, été l'objet d'enquêtes approfondies. Faire une pause pour enquêter est une pratique permise et correcte en temps normal. Mais nous ne sommes pas en temps normal. Le risque, par la suspension des vaccins, est de susciter davantage d'hésitation dans un monde où une décision prise n'importe où est une décision qui affecte le monde de partout. Il s'agit donc d'une solution de dernier recours, et non d'une option à privilégier. Nous devrions donc plutôt mener des enquêtes tout en poursuivant le déploiement.

Des données noyées dans des rapports

Le principal signal d'alarme qui ressort de nos recherches est que les décisions critiques ne sont pas toujours prises sur la base de preuves solides et d'une bonne évaluation des risques.

Le Royaume-Uni a maintenant administré quelques 37 millions de doses de vaccin - 21,6 millions de doses du vaccin AstraZeneca et 15,4 millions de doses du vaccin Pfizer/BioNTech - produisant un vaste ensemble de données qui permettent des comparaisons et peuvent contribuer à la planification des politiques de santé.

Le Royaume-Uni dispose également d'un système de carte jaune permettant de signaler tout effet secondaire ou toute complication faisant suite à la vaccination. Ces rapports sont classifiés par fabricant, et publiés deux fois par semaine. Néanmoins, une grande partie de ces données est noyée dans ces rapports bihebdomadaires et, dans d'autres cas, les autorités réglementaires britanniques sont réticentes à publier des ensembles complets de données classifiés par âge et par niveau de vaccination.

Des lacunes similaires ont été constatées dans l'évaluation des risques de caillots sanguins, un problème majeur à l'origine des hésitations concernant le vaccin d'AstraZeneca. Ici, il est nécessaire de remettre la chose dans son contexte. La probabilité de développer des caillots sanguins avec un taux faible de plaquettes à la suite du vaccin AstraZeneca est d’1 sur 200 000, alors que la probabilité de développer un caillot sanguin de TVP à cause des contraceptifs oraux, est estimée à environ 1 sur 2 000, voir 1 sur 1 000, selon certaines études.

Une bataille à l’aveuglette

Les données, et la manière dont nous les présentons, sont l'outil le plus important dont nous disposons. Sans elles, nous nous battons à l'aveuglette. Lorsque nous choisissons de ne pas les publier, nous créons des espaces dans lesquelles la désinformation, la peur et la confusion prospèrent. Nous avons besoin de données plus claires et de meilleure qualité, qui exposent les résultats en matière de santé pour ceux qui ont été vaccinés, et les résultats en matière de santé pour ceux qui ne l'ont pas été.

La présentation des données doit être soigneusement étudiée afin de ne pas induire quiconque en erreur. Cependant, nous sommes dans une situation où, selon moi, seule la publication de l'ensemble des données du programme de vaccination britannique - et d'autres programmes similaires dans le monde - apportera la crédibilité mondiale dont AstraZeneca a besoin.

L’Israël a donné un bon exemple en présentant et en tirant des conclusions des données dans sa collaboration étroite avec Pfizer/BioNTech. Mais nous devons le faire au niveau mondial. Nous devrions réunir un groupe mondial d'experts - en commençant par le G7, bien que la Chine et l'Inde aient également un grand intérêt - qui puisse se prononcer sur les évaluations des vaccins et mettre un peu d'ordre dans l'état actuel de fragmentation et de désordre.

Si nous ne parvenons pas à affirmer clairement que les vaccins fonctionnent et sont efficaces, et si nous ne dissipons pas le sentiment négatif qui entoure certains de ces vaccins, cela aura de graves conséquences sur notre capacité à vacciner le monde entier et à rapprocher la population mondiale d’une quasi-normalité.

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