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Carte blanche sur la vaccination à l’échelle mondiale: et la confiance dans tout ça?

Carte blanche sur la vaccination à l’échelle mondiale: et la confiance dans tout ça?
Reuters

Elles fleurissent sur les réseaux sociaux, les photos de nos amis, l’épaule dénudée, en train de se faire vacciner. Si le tableau peut sembler s’éclaircir avec la campagne de vaccination qui progresse en Europe, la triste réalité, c’est qu’une personne sur quatre dans le monde ne pourra pas se faire vacciner avant 2023. Nombreux sont ceux qui s’époumonent, demandant la levée des brevets vaccinaux, ou ceux qui exigent plus de contributions au programme Covax, l’initiative visant à distribuer des vaccins à tous les pays du monde.

Il est indispensable de travailler à plus d’équité vaccinale, oui. Mais avoir des vaccins, c’est bien. Faire en sorte que la population accepte de se faire vacciner, c’est mieux. Et pour cela, un facteur semble être systématiquement négligé dans le planning de la vaccination dans les pays fragiles ou en conflit : il s’agit de la confiance que les citoyens ont – ou n’ont pas – envers leurs gouvernements.

Du Niger au Soudan, en passant par la Centrafrique, Search for Common Ground analyse les dynamiques de conflits, agit en médiateur et met en œuvre des programmes de cohésion sociale dans les pays en guerre ou post-conflit. Nous avons mené des enquêtes sur les liens entre le covid et les conflits au Kenya, Nigeria, Palestine, Tanzanie, Ouganda et au Yémen. Résultat : seules 36 % des personnes interrogées sont satisfaites des services gouvernementaux liés au covid. Près de 50 % considèrent que leur gouvernement a une approche discriminatoire, qu’il ne tient pas compte de la même manière des besoins des diverses couches de la population dans la réponse au covid.

Une méfiance potentiellement mortelle

Si la corruption mine votre vie quotidienne, si vous faites partie d’une minorité religieuse ou ethnique qui se sent persécutée depuis des décennies par le pouvoir en place, si les militaires ont la main lourde pour faire respecter les mesures de confinement, il est bien normal d’être habité par la peur et la défiance envers les autorités gouvernementales. Et pourtant, dans un contexte de pandémie où la santé et l’économie mondiale dépendent de la rapidité de la vaccination de tous, la méfiance face à l’Etat peut s’avérer aussi mortelle que le plus dangereux des virus.

Cela a déjà des effets très concrets. On voit ci et là, célébrées en fanfare, les distributions de vaccins dans les pays les plus pauvres. Mais parle-t-on de la République démocratique du Congo, qui vient de renvoyer à Covax 75 % des vaccins reçus, soit 1,3 million de doses non utilisées ? Des autorités sanitaires en Côte d’Ivoire qui s’inquiètent que leurs 500.000 doses de vaccins périment, faute d’inscriptions sur les listes de vaccination ? Un point commun entre ces pays : un historique de conflit et un taux de confiance envers le gouvernement qui est au plus bas.

On peut rétorquer que la peur du vaccin est commune, que même en Belgique circulent les rumeurs les plus folles. C’est vrai. Mais lorsque des années de guerre, de persécution ou de discrimination vous laissent persuadé que le gouvernement ne souhaite qu’une chose, votre disparition, comment ne pas comprendre à quel point cela peut influencer un projet national de vaccination ?

Pour mettre point final à la pandémie, il est indispensable de prendre cette question de confiance en considération pour permettre aux citoyens des pays en conflit de bénéficier eux aussi d’une solution vaccinale.

Chaque détail compte

Nos équipes de médiateurs et d’analystes travaillent dans les zones les plus difficiles du monde. Nous savons que le médium de communication et le messager sont des éléments clés pour garantir la confiance dans la réponse à la crise covid. C’est pourquoi il est indispensable de réfléchir soigneusement aux personnes qui sont impliquées dans la campagne de vaccination, à la façon dont les communautés locales et les différentes composantes de la population sont informées, convoquées, accompagnées. Des radios choisies pour passer les messages, au lieu où le centre de vaccination est implanté, jusqu’à l’ethnie ou la religion de l’infirmier qui inoculera le vaccin, chaque détail compte pour s’assurer que les diverses communautés se sentent respectées, sécurisées et comprises. En confiance. Ce sont des questions qui doivent être centrales dans le processus de planification, et non pas venir après coup.

Si l’épidémie de covid demeure avant tout un défi sanitaire, il va sans dire qu’il n’y aura pas de réponse globale durable sans une prise en compte sérieuse de ces dynamiques sociales. Oui, la distribution de vaccin est primordiale. Mais regardons la vérité en face : ces investissements dans le programme Covax ne donneront de résultats réels que si l’on met la question de la confiance au centre des efforts de vaccination dans les pays en conflit. Pour qu’eux aussi puissent voir la lumière au bout du tunnel.

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