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Carte blanche: boycotter l’huile de palme n’est pas faire la promotion du développement durable

Un convoi de transport de noix de palme, en Indonésie.
Un convoi de transport de noix de palme, en Indonésie. - Reuters

Début avril et ce bien avant la publication de l’Arrêté Royal au Moniteur belge, la ministre fédérale du Climat, de l’Environnement, du Développement durable et du Green Deal, Zakia Khattabi, annonçait qu’elle renforçait les critères de durabilité des biocarburants  : ceux à base de soja et d’huile de palme seront proscrits dans le secteur du transport à partir de 2022. Cette décision surprend car elle intervient bien avant la date fixée par l’Union européenne de 2030.

Plusieurs passages dans le communiqué de la Ministre attirent mon attention.

Tout d’abord, la Ministre indique que « les producteurs de biodiesel doivent s’approvisionner en autres matières premières ». Effectivement d’autres biocarburants existent sur le marché, pour les biodiesels, à base de colza, de tournesol, de graisses animales. Pour le bioéthanol, à partir de froment, maïs, betterave, etc.

La Ministre indique vouloir bannir les biocarburants à base d’huile de palme pour des critères d’environnement et biodiversité, en les remplaçant donc par les sources citées ci-dessus. Sont-elles néanmoins plus bénéfiques pour l’environnement et la biodiversité que l’huile de palme ?

Des comparaisons sans appel

La Ministre ne sait probablement pas que le palmier à huile, en plantation agro-industrielle, produit plus de 6 tonnes d’huile par hectare et par an (jusque 10 tonnes en parcelles d’essais) ; soit 5 fois plus que le colza (qui, lui, produit entre 800 et 1.200 litres d’huile/ha). Cela veut dire qu’un hectare de palmiers en exploitation équivaut à 5 ha de colza libérés en Europe pour une autre utilisation : culture, reboisement, etc.

Pour ce qui est des engrais et des produits phytosanitaires, la balance est aussi favorable ; le palmier demande 100 fois moins de produits phytosanitaires que le soja par tonne d’huile produite !

Les engrais sont appliqués de manière rationnelle en se basant sur des analyses foliaires précises. Quand le colza demande 230 kilos d’engrais par tonne d’huile produite, le palmier à huile n’en demande que 120…

Parlons de biodiversité. Environ une trentaine d’espèces végétales sont présentes dans une plantation de palmiers à huile, combien dans une plantation de colza ou de tournesol ? 2, 3 espèces ? S’il y a un désert de biodiversité, c’est bien dans ces plantations de colza ou tournesol que la Ministre veut protéger.

Que dire de la fixation du carbone ? Comme plante arborescente, le palmier à huile fixe stocke le carbone de l’air de manière durable : environ 2 tonnes C/ha/an, en moyenne sur un cycle de 25 ans, comme une forêt secondaire mature ! Le colza, 300 kilos, soit 6 fois moins…

Décidément, la comparaison est bien cruelle.

Aucune justification ni fondement scientifique

La problématique de la déforestation est devenue un poncif ; la déforestation a bien entendu été souvent (mais pas systématiquement) un préalable dans l’histoire de l’implantation des plantations de palmiers, comme pour d’autres plantations d’ailleurs…

Mais le rythme a décliné de manière abrupte depuis 2015 (les chiffres du WRI et de Global Forest Watch sont incontestables) (1) mais les ONG, auprès desquelles la Ministre semble s’informer, demandent toujours l’interdiction totale de l’huile de palme.

L’Indonésie, un des plus grands producteurs l’huile de palme durable (ISPO, RSPO, ISCC) va d’ailleurs recevoir très prochainement, dans le cadre du programme REDD+, la somme de 56 millions de USD de la Norvège, pour avoir réduit la déforestation et la dégradation de ses forêts en 2016 et 2017. La traçabilité vers ces plantations est bien organisée, se fournir en ces huiles durables est aisé et peut devenir un critère légal.

Ne serait-il pas temps de féliciter les planteurs de palmiers à huile pour leurs efforts, et en particulier, les Indonésiens ?

Non seulement bannir l’huile de palme n’a pas de justifications environnementale et sociale solides mais en plus, cela va à l’encontre de nombreuses règles du commerce extérieur.

Rappelez-vous que l’Indonésie a d’ailleurs initié plusieurs démarches auprès de l’OMC contre les politiques européennes qui entravent le commerce de l’huile de palme.

En décembre 2019 encore, l’Indonésie, avec la participation d’autres pays producteurs, a demandé à l’Organe de Règlement des Différends de l’OMC d’ouvrir des consultations avec l’Union européenne, concernant la directive européenne RED II ; l’Indonésie considère que cette directive et le règlement délégué qui la complète, violent les accords de l’OTC (obstacles techniques au commerce) et du GATT.

L’« Amsterdam Déclaration Partnership » que vous avez signé en Janvier 2021 précise formellement que la Belgique s’engage à faire la promotion, pas le boycott, de l’huile de palme produite de manière durable et d’éliminer la déforestation dans sa chaîne d’approvisionnement.

Vous signez cette déclaration et quelques mois après, vous reniez déjà votre signature.

Ce n’est pas en boycottant l’huile de palme que vous faites la promotion du développement durable de cette culture. En la diabolisant, vous découragez les planteurs engagés dans le développement durable et les poussez à abandonner leurs bonnes résolutions, pour vendre à des clients moins exigeants.

Si vous voulez vraiment promouvoir la durabilité dans cette production, alors, il faut en consommer ! Votre position actuelle n’a aucun fondement scientifique.

(1) Dans certains cas, bien documentés, les logiciels de GFW interprètent un replanting comme une déforestation, et surestiment même la déforestation.

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