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Carte blanche: que signifie concrètement la réforme de l’Etat?

Carte blanche: que signifie concrètement la réforme de l’Etat?
Belga

L’enquête flamande De Stemming 2021 montre que le thème de la réforme de l’État est actuellement perçu par les personnes interrogées comme le troisième problème le plus important. Il en ressort que pas moins de 63 % de ceux qui indiquent le thème « réforme de l’État » comme une priorité pensent qu’il faudrait plus de Belgique, dont 33 % souhaitent même que la Belgique soit le seul niveau de décision. 10 % sont mitigés et 27 % pensent qu’il devrait y avoir plus de Flandre, dont seulement 12 % veulent garder le niveau flamand comme seul niveau de décision. Est-ce un motif d’euphorie pour ceux qui sont attachés à la Belgique ? Cela reste à voir.

Paradoxe dans le chef de l’électeur flamand

L’électeur flamand présente un paradoxe remarquable. Plus précisément, force est de constater que l’appel à plus de Belgique de la part de ceux qui plaident pour une réforme de l’État s’accompagne néanmoins du fait que 46 % des Flamands voteraient actuellement pour le Vlaams Belang ou la N-VA. Ce paradoxe a plusieurs explications.

Tout d’abord, il y a le phénomène général que les partis et leurs électeurs ne sont pas sur la même longueur d’onde sur toutes les questions. Pour beaucoup de gens, le mécontentement à l’égard des partis traditionnels l’emporte sur toute autre considération.

Ensuite, on constate également une désinformation certaine. La N-VA, par exemple, alimente activement la confusion sur son objectif final. Le parti lui-même sait très bien que son séparatisme n’est pas populaire. C’est précisément pour cette raison qu’il prône officiellement le « confédéralisme » depuis le fameux « bocht van Bracke » (le virage prôné par Siegfried Bracke en 2014), même si, selon ses statuts, il poursuit toujours le séparatisme. Pour ceux qui ne suivent la politique que de loin, le confédéralisme n’est qu’une autre forme de fédéralisme, ce qui n’est bien sûr pas du tout le cas.

Enfin, ce paradoxe tient également au fait que la réforme de l’État est loin d’être toujours un sujet de prédilection à l’approche des élections. Ce n’était pas non plus le cas le 26 mai 2019.

Quid des politiciens flamands ?

Jusqu’à présent, aucun sondage montrant une attitude pro-belge des électeurs n’a empêché le monde politique de continuer à démanteler le niveau fédéral. Les choses seront-elles différentes maintenant ? Peut-être.

Celui qui suit les débats sur la réforme de l’État aura remarqué que le thème de la « réforme de l’État » n’est plus abordé de manière aussi unilatérale, comme moins de Belgique et plus de Flandre. Le plaidoyer en faveur d’une refédéralisation de certaines compétences est de plus en plus accepté ces dernières années, y compris au sein de la plupart des partis politiques flamands. De Stemming 2021 confirme maintenant qu’il existe un public pour cela.

En août 2020, l’on a également vu quelque chose de neuf. Une proposition de réforme de l’État (par le PS et la N-VA) a été bloquée, également du côté flamand, non pas parce qu’elle n’irait pas assez loin, mais parce qu’elle irait trop loin. Si loin qu’il n’y avait pas de majorité pour y adhérer.

Ces signes montrent que l’on se rend de plus en plus compte que l’électeur a tendance à voter pour la N-VA ou le Vlaams Belang pour des raisons autres que les questions communautaires. Et si l’on veut offrir une réelle alternative à l’électeur, une attitude plus belge est plus intéressante d’un point de vue politico-stratégique.

Quid des partis francophones ?

Les partis francophones ont aussi des leçons à tirer de l’enquête De Stemming 2021. Pour une partie de la Belgique politique francophone, il est en effet courant de présenter les Flamands comme un bloc homogène de séparatistes. Dans certains milieux, le sentiment national flamand que l’on attribue aux habitants du Nord du pays est en effet utilisé pour également justifier ou prôner un démantèlement du niveau fédéral. Il s’agit souvent d’une solution de facilité pour les politiciens francophones qui n’accordent qu’un intérêt de pure forme à la Nation belge, sans se rendre compte que le concept de Belgique, comme toute forme de société, doit s’entretenir en permanence.

Les partis francophones doivent être cohérents dans leur discours belge et regarder au-delà de leur propre communauté. Dire que tout peut être régionalisé pour autant que la sécurité sociale reste fédérale ne contribuera pas à gagner des âmes en Flandre pour défendre la Belgique. Ce qui serait utile par contre, c’est, par exemple, d’introduire en Belgique francophone l’obligation d’apprendre le néerlandais comme deuxième langue, et que l’on fasse plus d’efforts pour garantir l’application correcte de la législation linguistique à Bruxelles.

Une vérité qui dérange

Le grand mérite de l’enquête De Stemming 2021 est que ses résultats contiennent une vérité qui dérange sur la réforme de l’État, pour certains politiciens flamands comme pour certains politiciens francophones. Du côté flamand, l’idée qu’il est impossible d’être à la fois flamand et belge est remise en cause. Pour les francophones, l’étude dément l’idée selon laquelle la Flandre serait un bloc homogène et anti-belge, du moins, si l’on veut faire l’effort de regarder au-delà du potentiel électoral du Vlaams Belang et de la N-VA. Il y a ici maintenant une opportunité pour les politiciens d’agir en ce sens et de réduire ainsi le fossé entre la politique et les électeurs. Si on ne la saisit pas, on alimentera encore plus l’antipolitique, avec le risque que cela comporte de compromettre définitivement la perspective d’un État belge harmonieux et efficace.

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