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Carte blanche: les réseaux sociaux, accélérateurs d’actes antisémites en Europe

Une marche dans les rues de Paris, le 28 mars 2018, à la mémoire de Mireille Knoll, victime d’un assassinat antisémite cinq jours plus tôt.
Une marche dans les rues de Paris, le 28 mars 2018, à la mémoire de Mireille Knoll, victime d’un assassinat antisémite cinq jours plus tôt. - Reuters.

Ces dernières années, on observe une recrudescence des actes antisémites partout en Europe. Malgré les initiatives des pays membres face à l’inquiétante augmentation des menaces contre la communauté juive, la situation s’aggrave. En France, depuis 2017, le nombre d’actes antisémites a ainsi augmenté de 121 %. En Angleterre, ils ont plus que doublé, avec 18 des crimes de haine religieuse visant des Juifs ; 147 actes antisémites ont été comptabilisés en Suisse romande en 2020 et l’Allemagne a enregistré la même année son niveau le plus élevé d’actes antisémites depuis le début de leur recensement par la police en 2000.

Un accroissement provoqué par les réseaux sociaux

La banalisation de paroles de haine à l’encontre des Juifs émises sur les réseaux sociaux et les passages à l’acte que ces paroles génèrent parfois expliquent cet accroissement. Un constat inquiétant lorsqu’on sait que, selon le Congrès juif mondial, les insultes antisémites ont augmenté de 30 % sur les principales plateformes numériques depuis novembre 2019.

Depuis l’intimidation jusqu’aux meurtres de masse, l’antisémitisme s’exprime sur tout l’éventail des violences. Là encore, aucun pays d’Europe n’est épargné. En octobre 2019 à Halle, en Allemagne, un jeune homme d’extrême droite tente d’entrer dans la synagogue. N’y parvenant pas, il tire sur des passants. Récemment, des tags antisémites ont recouvert la façade d’une grande école parisienne. Ces actes sont le fait de l’islamisme radical, de l’extrême droite ou de la délinquance antisémite.

Des initiatives insuffisantes

Face à ces attaques, les plateformes numériques sont pointées du doigt. On les accuse de ne pas lutter suffisamment contre la désinformation, les messages de haine et les campagnes de manipulation. Et pour cause ! Alors que Facebook prétend faire appel à des modérateurs algorithmiques et humains pour « nettoyer » les sites des publications haineuses et violentes, l’effort n’est pas suffisant. On compte seulement 7.500 modérateurs pour 2,8 milliards de comptes actifs, soit un modérateur pour 370.000 profils, ou 15 secondes par an et par profil actif ! On voit bien la marge de progrès colossale pour espérer freiner les atteintes antisémites.

Les réseaux sociaux constituent « la plus grande machine de propagande de l’Histoire », disait Sacha Baron Cohen lors d’un discours au Sommet sur l’antisémitisme et la haine de l’Anti-Defamation League. Facebook, Twitter, YouTube, Instagram touchent des milliards de personnes. Dans un lieu public, une parole antisémite fait l’effet d’un pistolet ; sur les réseaux sociaux et grâce à la puissance du reach, une parole identique démultiplie sa portée et fait l’effet d’une mitraillette. C’est ce qui justifie une action résolue et prioritaire face à ce fléau.

Pour cela, les gouvernements doivent agir en renforçant la législation dans des modalités différentes selon les pays. Une levée de l’anonymat sur Internet, l’accroissement des possibilités de signalement et de réaction rapide comme on l’a fait pour d’autres crimes et délits en ligne, le renforcement des législations face à l’antisémitisme on line constituent autant de possibilités, à adapter en fonction de chaque pays.

Le « hate speech » et la désinformation sont les deux principaux défis des réseaux sociaux. Les propos antisémites tout comme les idéologies négationnistes relèvent simultanément de ces deux choses. Ce sont aussi bien des paroles de haine que de fausses paroles. Elles doivent être prioritairement combattues.

L’Histoire nous montre que les périodes de crise comme celle que nous traversons sont malheureusement le prélude de mouvements antisémites d’envergure. Il y a, aujourd’hui, une conjonction entre un climat économique instable et des moyens technologiques qui permettent de donner une forte visibilité à ces propos haineux.

Si les gouvernements s’attellent déjà à résoudre la crise, ils devraient aussi marquer leur intérêt à résorber la haine en ligne.

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