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Carte blanche: l’antisémitisme existe encore et nous devons le combattre

Le Musée juif de Bruxelles sous haute surveillance, après l’attentat perpétré le 24 mai 2014, qui avait fait 4 victimes.
Le Musée juif de Bruxelles sous haute surveillance, après l’attentat perpétré le 24 mai 2014, qui avait fait 4 victimes. - Belga

L’Union des Étudiants Juifs de Belgique a récemment organisé une soirée de discussions avec une trentaine d’étudiants juifs provenant de différents horizons et campus afin de parler de l’antisémitisme et des façons dont il se matérialise dans nos universités.

La nécessité de nous mettre en commun afin de relater notre vécu de l’antisémitisme provient d’une constatation criante. Au-delà des formes évidentes et directes d’antisémitisme, il existe une problématique d’un autre type : nombreux sont les étudiants juifs à éviter de révéler leur judéité de façon publique, que ce soit à leurs amis les plus proches ou à l’ensemble de l’auditoire, par exemple en portant un pull du Comité de l’UEJB. Pourquoi ?

Parce que se dire juif, c’est souvent, trop souvent, se faire assigner par l’autre une série de stéréotypes centenaires qui vont forcément modifier le comportement de cet autre. Se dire juif, c’est s’attendre à ce que l’ensemble de sa classe se retourne vers soi lorsque des pièces tombent au sol. Se dire juif, c’est aussi devoir s’attendre à se faire assigner un statut social par ses camarades, voire une prétention à contrôler le monde.

Se dire juif, c’est prendre le risque de s’entendre dire que l’on ne fait pas entièrement partie de la société belge. Se dire juif, c’est être considéré de facto comme raciste de par ses liens avec Israël.

Se dire juif, c’est s’attendre à devoir subir des blagues sur la Shoah à répétition sans que les auteurs aient la moindre considération sur la façon dont c’est reçu. Se dire juif, c’est s’exposer à l’accusation de victimisation et donc prendre le risque de se voir dénier son droit à dénoncer l’offense, à l’instar de ces affiches placardées par l’UEJB dans le but de dénoncer les meurtres antisémites sur lesquelles les mots « juifs » et « antisémites » ont été minutieusement lacérés.

Une immense pression

Ces remarques et comportements n’ont pas toujours pour but de discriminer et se limitent parfois à la blague potache. Pourtant, la différence de traitement qu’ils impliquent par rapport au reste du groupe et la violence avec laquelle ils peuvent être reçus font préférer à certains la discrétion quant à leur judéité.

Faire savoir qu’on est juif, c’est également pour certains vivre avec une immense pression. Celle d’adapter son comportement de façon à déjouer l’ensemble des stéréotypes assignés au Juif. Ne pas trop bien réussir, cacher ses origines sociales si elles sont élevées, afficher un minimum de liens avec Israël, laisser passer de nombreuses injures en niant les discriminations subies, ne pas dire à ses amis qu’on est blessé par certains de leurs actes, ne pas parler de ses engagements dans l’associatif juif et puis déconstruire, inlassablement déconstruire les idées reçues, les théories du complot et les stéréotypes antisémites.

Un sentiment d’insécurité

Provenant partiellement de notre éducation, ce malaise à dévoiler notre judéité a également un aspect plus ancré. Dès le plus jeune âge, on nous apprend, pour notre sécurité, à ne pas exposer que nous sommes juifs et quand nous le faisons, c’est avec des gardes et policiers armés devant nos institutions. C’est toujours en pressant le pas que nous quittons nos lieux de rassemblements en vérifiant que nous n’avons pas oublié de dissimuler tout signe distinctif pouvant révéler notre appartenance. D’un logo à une kippa en passant par nos uniformes scouts, rien ne doit transparaître une fois éloignés de ceux qui assurent notre sécurité. Voilà la réalité des communautés juives à travers le monde.

Face à cela, certains avancent une « paranoïa » juive. Nous leur répondrons par des noms : celui d’Ilan Halimi torturé à mort parce que juif. Ses assassins demandaient une rançon à sa famille supposément fortunée parce que juive ; ceux de Jonathan Sandler et de ses deux fils, Gabriel (4 ans) et Arieh (5 ans), et de Myriam Monsonego (7 ans), les quatre victimes de l’attentat de l’école d’Ozar Hatorah à Toulouse, tuées parce que juives ; ceux de Myriam Riva, d’Emmanuel Riva, de Dominique Sabrier et d’Alexandre Strens, les quatre victimes de l’attentat du Musée Juif de Belgique, tuées parce que juives ; ceux de Yohan Cohen, de Philippe Braham, de François-Michel Saada et de Yoav Hattab, les quatre victimes de l’attentat à l’Hyper Casher de Paris, tuées parce que juives ; celui de Sarah Halimi torturée et défenestrée par son voisin parce que juive ; celui de Mireille Knoll, poignardée à mort parce que juive ; ceux de Sylvan Simon, de Bernice Simon, de Cecil Rosenthal, de David Rosenthal, de Joyce Fienberg, de Richard Gottfried, de Rose Mallinger, de Jerry Rabinowitz, de Daniel Stein, de Melvin Wax et de Irving Younger, les 11 victimes de l’attentat perpétré contre la synagogue de Pittsburgh aux États-Unis, tuées parce que juives. Car oui, aujourd’hui encore, on peut mourir d’être juif.

Les trois facteurs décrits ci-dessus : assignation de stéréotypes, pression qui en découle afin de les déjouer et état d’alerte systématique pour préserver notre intégrité physique poussent nombre de jeunes Juifs, en particulier lorsqu’ils sont isolés, à cacher leur identité malgré toute la violence psychique que cela implique.

Un combat à mener tous ensemble

Refuser les stéréotypes et empêcher la mise à l’écart consciente ou inconsciente de vos amis juifs sur les campus est une partie de la solution. Mener une lutte acharnée contre l’extrême droite, contre les radicalismes religieux et contre l’antisémitisme d’où qu’il vienne dans le champ politique en est une autre. Aujourd’hui, nous vous le disons dans le blanc des yeux : nous, étudiants juifs, avons aussi besoin d’alliés et ça peut commencer par un sourire complice, une simple accolade ou l’indifférence face à nos origines.

*Signataires : Sacha Guttmann, ULB, Faculté de Philosophie et Sciences Sociales, président de l’UEJB ; Jérémy Zysberg, étudiant à l’ULB, Lettres traduction et communication, vice-Président de l’UEJB ; Nathan Gartner, étudiant à l’ULB, École Polytechnique de Bruxelles (électromécanique/aéronautique), vice-Président de l’UEJB ; Lucas De Lathouwer, étudiant à l’ULB Solvay Brussels School Economics & Management, secrétaire général de l’UEJB ; Leanne Strum, étudiante à l’ULB Solvay Brussels School Economics & Management, trésorière de l’UEJB ; Youval Aharon, étudiant à l’UCLouvain, Faculté de Psychologie et Sciences de l’éducation, président du pôle Louvain-la-Neuve de l’UEJB ; Yoram Olesnicki, étudiant à l’UMons Faculty of Medecine and pharmacy, administrateur de l’UEJB ; Joanna Garellick, étudiante à l’ULB, Faculté de Médecine, administratrice de l’UEJB ; Shanna Miller, étudiante à l’Universiteit van Amsterdam Media & Sociology Faculty, responsable Communication de l’UEJB ; Sacha Hancart, étudiant à l’ULB, Faculté de Droit et Criminologie, ancien vice-Président de l’UEJB (2018 – 2019) ; Elsa Neugroschl, étudiante à l’ULB, Faculté de Droit et Criminologie, membre du comité de l’UEJB ; Aner Gidron, étudiant à l’UCLouvain, Faculté des Sciences Biologie, membre du comité de l’UEJB ; Benjamin Ibghi, étudiant à HELB, membre du comité de l’UEJB ; Alexandre Liebhaberg, étudiant à l’ULB, Faculté de Philosophie et Sciences Sociales, membre du comité de l’UEJB ; Joanna Peczenik, étudiante à l’ULB Solvay Brussels School Economics & Management, membre du comité de l’UEJB ; Gabrielle Piorka, étudiante à l’UCLouvain, Faculté des sciences économiques, sociales, politiques et de communication, membre du comité de l’UEJB ; Carla Halioua, Etudiante à l’UCLouvain, Faculté de Droit et Criminologie, membre du comité de l’UEJB ; Salomee Toronski, étudiant à l’UCLouvain, Faculté de Psychologie et Sciences de l’éducation, membre du comité de l’UEJB ; Théo Kolp, étudiant à l’ULB Solvay Brussels School Economics & Management, membre du comité de l’UEJB ; Raphael Goldberger, étudiant à l’ULB Solvay Brussels School Economics & Management, membre du comité de l’UEJB ; Sacha Pec, étudiant à l’ULB, Faculté de Psychologie et Sciences de l’éducation, membre du comité de l’UEJB ; Terence Mauchard Dumont, étudiant à l’ULB, Faculté de Droit et Criminologie, membre du comité de l’UEJB ; Laura Funaro, étudiante à l’ULB, Faculté de Médecine, membre du comité de l’UEJB ; Liam Nagar, étudiant à l’ULB Solvay Brussels School Economics & Management, membre du comité de l’UEJB ; Elie Toledano, étudiant au Koninklijk Conservatorium Brussels, membre du comité de l’UEJB ; Ethan Chouraqui, étudiant à l’UCLouvain, Faculté de Médecine, membre du comité de l’UEJB ; Inès Saab, ancienne étudiante à l’ULB, Faculté de Philosophie et Sciences Sociales, membre du comité de l’UEJB ; Emma Felzensztajn, étudiante à la HELB, membre du comité de l’UEJB ; Antoine Liebhaberg, étudiant à l’ULB, Faculté de Droit et Criminologie, membre du comité de l’UEJB ; Shirel Halloua, étudiante à l’Institut Libre Marie Haps – Bruxelles, membre du comité de l’UEJB ; Elsa De Laurentiis, étudiante à l’ULB, Faculté de Philosophie et Sciences Sociales, membre du comité de l’UEJB ; Thomas Nagiel, étudiant à l’ULB, Faculté de Droit et Criminologie, membre du comité de l’UEJB ; Suzanne Lipski, étudiante à l’ULB, Faculté des Sciences, membre du comité de l’UEJB ; Alicia Garellick, étudiante à l’ULB, Faculté de Médecine, membre du comité de l’UEJB ; Annabelle levy, étudiante à l’ULB, Faculté de Droit et Criminologie, ancienne trésorière du cercle de droit de l’ULB ; Danièle Hayum, étudiante à l’Ihecs, membre du comité de l’UJGIL ; Benjamin Zysberg, ancien étudiant à la HELB ; Salomé Tarica, étudiante à l’UCLouvain, Faculté de Médecine ; Benjamin Renous, étudiant à l’Université de Warwick (Angleterre), Department of Economics Sciences ; Aharon Osher, étudiant à l’ULB, Faculté de Pharmacie ; Audrey Altmann, étudiante à l’UCLouvain, Faculté de Médecine ; Sacha Langlet, étudiant à la Maastricht University School of Business and economics ; Joachim Rozenberg, étudiant au King’s College London, Department of Physics ; Jonathan Nasielski, étudiant à l’University College Utrecht (Pays-Bas), Liberal Arts & Sciences ; Livia Soro, étudiante à l’Imperial College London, Department of bio-engineering ; Noféïa Tibi, étudiante à l’Institut Libre Marie Haps – Bruxelles ; Simon Kalisz, ancien étudiant à l’ULB, Faculté de Médecine ; Timur Michelashvili, ancien étudiant à l’Université Toulouse II Jean Jaurès, Département d’histoire ; Noam Bekhor, étudiant à l’ULB Solvay Brussels School Economics & Management ; Evie Piorka, étudiante à l’UCLouvain, Faculté de Psychologie et Sciences de l’éducation ; Lisa Piorka, étudiante à l’UCLouvain, Faculté de Médecine ; Olivia Guttmann, étudiante à l’ULB, Faculté de Droit et Criminologie.

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