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Carte blanche sur les traitements en oncologie: accélérer le développement de la thérapie CAR-T en optimisant les politiques de recherche

Carte blanche sur les traitements en oncologie: accélérer le développement de la thérapie CAR-T en optimisant les politiques de recherche
Reuters

Dans la lutte contre le cancer, les thérapies cellulaires personnalisées sont si prometteuses que les chercheurs parlent d’une percée révolutionnaire. Mais avec un prix pouvant atteindre un demi-million d’euros par traitement, cette immunothérapie est très loin d’être accessible à tous. La solution : automatiser le processus de production.

En 2012, un nouveau traitement contre le cancer a fait la une de la presse mondiale. Emily Whitehead avait 6 ans et était atteinte d’une leucémie avancée. Après seize mois de chimiothérapie, il n’y avait plus d’options de traitement traditionnelles. Lorsque les parents ont appris que leur fille était en phase terminale, ils sont entrés en contact avec l’hôpital pour enfants de Philadelphie où Emily a reçu une forme de thérapie cellulaire personnalisée appelée CAR-T.

Les cellules immunitaires d’Emily ont été génétiquement modifiées pour permettre à son système immunitaire de détruire les cellules cancéreuses présentes. Le traitement n’avait jamais été testé sur un enfant auparavant, mais les résultats ont été phénoménaux. Le traitement a produit l’effet attendu à un point tel qu’Emily a été déclarée en rémission. Neuf ans plus tard, elle est une adolescente en bonne santé et n’a pas eu le moindre signe de rechute cancéreuse.

Depuis lors, d’excellents résultats ont été obtenus sur les cancers du sang et l’on espère que la thérapie cellulaire CAR-T offrira des rémissions complètes et durables dans d’autres types de cancer dans les années à venir.

Un coût prohibitif

Plus de quatre cents études cliniques sont en cours dans le monde entier et, en cas de succès, elles permettront la mise sur le marché de nouveaux traitements dans un avenir proche. La question qui se pose désormais est de démocratiser l’accès à ces traitements dont le coût est actuellement prohibitif tant pour les particuliers que pour la sécurité sociale ou les assurances privées.

L’industrie pharmaceutique tente de faire sa part en renonçant aux coûts élevés lorsqu’une thérapie n’est pas couronnée de succès, mais il est difficile de savoir combien de temps ce modèle durera. La réalité aujourd’hui est que l’accès de nombreux patients à ces soins reste limité lorsque les gouvernements et les assureurs de santé ne remboursent pas la thérapie et lorsque les familles ne peuvent pas se la payer elles-mêmes.

Pour les médicaments classiques, la production en masse de molécules permet de réduire le prix d’une dose unique. Cela est impossible avec les traitements anticancéreux personnalisés, car le médicament est adapté au patient.

Le processus de production personnalisée est particulièrement complexe et coûteux. Les cellules immunitaires sont purifiées en plusieurs étapes, modifiées génétiquement et formulées dans la bonne dose. De nombreuses interventions manuelles sont encore nécessaires lors des étapes de production. Cela entraîne un risque d’erreur humaine et donc la nécessité de tester en permanence la qualité au cours du processus. Le résultat est un long délai de production et un prix très élevé.

Soutenir le développement de nouvelles technologies

Pourtant, il y a de l’espoir. La solution pour mettre la thérapie cellulaire à la portée du grand public réside dans l’automatisation et la miniaturisation du processus de production. Les dernières connaissances en matière de nanotechnologie, d’intelligence artificielle, de biocapteurs et d’Internet des objets pourraient rendre les thérapies cellulaires personnalisées abordables. Pour cela, le développement de nouvelles technologies est crucial, mais techniquement possible.

Les développements récents de la technologie des puces électroniques sont une source d’inspiration. La demande constante d’ordinateurs, de consoles de jeux et de smartphones aux performances de plus en plus poussées a conduit à une miniaturisation extrême des transistors, les composants fondamentaux servant de base au développement de ces systèmes électroniques. L’augmentation du nombre de transistors sur des circuits plus petits ouvre la voie à des possibilités techniques nouvelles et plus puissantes.

Les investissements énormes réalisés dans la technologie des puces ont permis de mettre au point des matériaux et des systèmes à une échelle si incroyablement petite que de nouvelles possibilités s’offrent désormais au-delà du monde des puces et processeurs : la capacité de cribler, de sélectionner et même de modifier les gènes des cellules.

Une avancée révolutionnaire est possible

L’utilisation de ces techniques dans le domaine de la recherche médicale ouvre la porte au développement de petites machines capables de reprogrammer le système immunitaire des cellules. La production massivement automatisée de cellules génétiquement modifiées par ces machines ouvre des perspectives neuves pour le déploiement de ces nouvelles thérapies à un coût acceptable, en assurant l’accès pour le plus grand nombre. Le résultat serait une véritable révolution dans le traitement des maladies, sans équivalent en termes d’efficacité et de sécurité.

Compte tenu de la complexité de ces nouvelles thérapies, la collaboration interdisciplinaire jouera un rôle crucial. Une collaboration accrue est nécessaire entre les scientifiques du vivant et les experts en nanoélectronique et en intelligence artificielle, ainsi que des partenariats entre les entreprises pharmaceutiques et technologiques. Les gouvernements pourraient faciliter et encourager le partage des connaissances et les investissements stratégiques dans les infrastructures, par exemple en permettant aux chercheurs d’utiliser des technologies auxquelles ils n’auraient pas accès autrement et aux développeurs de les améliorer.

Travailler en collaboration, à tous les niveaux

Les gouvernements peuvent avoir un impact significatif en alignant leur stratégie de recherche à différents niveaux politiques, en mettant en commun leurs ressources et en optimisant leurs politiques. La région du Benelux peut jouer un rôle de premier plan dans ce domaine grâce à l’expertise existante. La Wallonie en particulier, a développé un écosystème leader dans le domaine des biotechnologies et des sciences du vivant avec le support d’investissements soutenus par la région, et l’expertise de ses laboratoires de recherche universitaire et hospitalière. C’est dans ce cadre fécond que des initiatives dans le domaine des CAR-T ont vu le jour, comme par exemple la très prometteuse startup Celyad, basée à Mont-saint-Guibert, qui s’appuie sur l’expertise du Grand Hôpital de Charleroi pour des projets de validation clinique de sa technologie. Ce domaine déjà promis à un bel avenir pourrait jouer un rôle majeur dans la course à la démocratisation de ces nouvelles thérapies, pour peu qu’il puisse tirer parti du know-how en nanotechnologies existant également au-delà de l’écosystème local (Belgique, Flandres et Benelux).

Afin d’exploiter pleinement ces possibilités, le développement et l’automatisation des thérapies cellulaires devraient figurer en belle place dans l’agenda politique aux niveaux local, national et européen. Il y a une opportunité unique à saisir pour renforcer le rôle de premier plan de l’écosystème local dans ce domaine plus que prometteur. Le soutien des initiatives dans ce domaine – particulièrement la mise en place de mécanismes de soutien à l’investissement, à la recherche et l’encouragement des collaborations multidisciplinaire entre universités, instituts de recherches et acteurs industriels établis tant dans le domaine des sciences du vivant que dans celui des nanotechnologies est un levier important que nous appelons nos politiques à prendre en compte !

En 2018, plus de 9,6 millions de personnes sont mortes du cancer, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cela représente un sixième de tous les décès dans le monde. Ce chiffre ne cesse d’augmenter : d’ici 2030, plus de 13 millions de personnes devraient mourir du cancer chaque année.

Les thérapies cellulaires personnalisées offrent la possibilité d’une guérison complète aux patients qui n’ont aucune autre option de traitement, comme dans le cas d’Emily Whitehead. Tôt ou tard, le cancer touche presque toutes les familles. Au cours des années à venir, mettons en place des initiatives dans lesquelles toutes les parties prenantes, y compris nos décideurs, travailleront ensemble pour faire en sorte que cette avancée oncologique majeure soit largement adoptée.

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