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Carte blanche: «Quand les démocrates sont traités de fascistes, il y a lieu d’être inquiet»

Pour avoir dit qu’outre un signe convictionnel, le voile islamique pouvait aussi être aussi l’étendard d’une revendication politique radicale, j’ai récemment fait face à des attaques d’une nature et d’une violence inédites. Je me suis fait traiter publiquement de fasciste, d’extrémiste, de raciste et d’islamophobe. Des procureurs peu nombreux mais particulièrement remontés ont trouvé mes paroles à ce point intolérables que j’étais devenu pour eux un multirécidiviste d’extrême droite qu’il fallait sanctionner impérieusement. Au minimum devrais-je m’excuser pour « avoir renforcé un climat de haine ». Certains sur les réseaux sociaux ont poussé l’exercice jusqu’à me comparer au néonazi Jürgen Conings.

J’énonçais pourtant là un simple fait, qui fait peu de doute et qui est largement partagé par les observateurs sociétaux. Et comme s’il le fallait encore, je répète ici que j’ai le plus grand respect pour toute religion, y compris évidemment l’islam, si elle n’interfère pas avec les valeurs et les règles inscrites dans nos lois et notre constitution. Mais voilà qu’on prétexte que, parce qu’elle est musulmane, je n’aurais aucune légitimité à me sentir concerné par la femme à qui on enlève des libertés, qu’on force à se marier à un inconnu, à porter le voile ou à interrompre ses études. Par le chantage au racisme, on m’enjoint de détourner le regard de son sort, on veut me salir et m’exclure du débat public. Or c’est justement parce que je souhaite que chaque musulmane soit traitée comme ma propre fille que je me lève contre l’obscurantisme que constitue l’islam politique radical à l’égard notamment des femmes. Ma préoccupation centrale n’est pas le voile, à lui seul il n’est pas signifiant, mais il peut être parfois l’expression d’un projet politique patriarcal autoritaire, d’une volonté affirmée de remettre en question les libertés et de museler l’expression. Je peux parler en connaissance de cause de certaines conséquences tragiques d’un tel projet. J’ai été le seul parlementaire belge et même européen à m’être rendu par trois fois dans les camps et prisons du nord-est de la Syrie où sont détenues des femmes belges radicalisées et leurs enfants. Je leur ai apporté des médicaments, mais aussi des livres et des jouets. J’ai plaidé pour qu’on ramène ces enfants en Belgique car j’ai vu le sort misérable qui était le leur. Après mes missions, quelques-uns ont pu rentrer chez nous. Je me tiens au courant de leur santé et de leur évolution. J’ai aussi plaidé pour qu’on ramène leurs mères. Certaines d’entre elles restent en contact avec moi. Elles savent ce que je fais pour elles et leurs enfants, malgré les crimes odieux dont plusieurs d’entre elles sont accusées. Cela m’a d’ailleurs valu des critiques acerbes de l’extrême droite et de Théo Franken. Peu me chaut mais je n’oublie pas non plus qu’à l’origine de tels drames, il y a le fait que Daech a trouvé dans les milieux islamistes de Belgique des relais dévoués et efficaces.

Aujourd’hui, je ne suis pas seul à faire l’objet d’une telle vindicte, d’autres démocrates sont trainés dans la boue pour les paroles mesurées qu’ils prononcent et pour les alertes qu’ils lancent, leurs messages sont caricaturés. Il y a urgence à dénoncer la supercherie.

Car ceux qui prétendent s’exprimer au nom « des musulmans » sont des imposteurs. D’abord, ils n’ont été désignés par personne pour ce faire. Ensuite « les musulmans », cela laisse entendre qu’il y aurait là un bloc monolithique sans liberté ni conscience individuelle. Pourtant, j’en suis le témoin quotidien, il y a parmi les musulmans autant d’avis et d’opinions que d’individus, comme chez les laïcs, les chrétiens et les juifs. Mais les porte-paroles auto-proclamés travaillent à la fracturation de la société, entre ceux de « la Communauté » – pour reprendre le mot de la co-présidente d’Ecolo – et les autres. Pour le dire clairement, ils font de la ségrégation et lèvent un camp contre un autre. Á laisser croire qu’il n’y aurait d’un côté que des victimes toutes discriminées et de l’autre des racistes invétérés, ils déforment le réel, creusent le fossé des malentendus, et répandent la discorde et le ressentiment. Ceux qui pensent bien faire en cédant à cette tentation identitaire, se retrouvent réduits à professer une forme de paternalisme qui insupporte à juste titre tous ceux parmi les musulmans qui n’ont que faire de cette condescendance.

Cette démagogie communautariste est catastrophique et mène à l’impasse. Elle n’est pas irrésistible. Je suis convaincu qu’au-delà de nos origines et de nos convictions, une écrasante majorité d’entre nous souhaite que chaque être humain, quelles que soient ses croyances, puisse mener une vie décente, libre et digne d’être vécue dans une société fraternelle. L’idéal de tolérance et de liberté bénéficie d’un fantastique capital de bienveillance dans nos sociétés. Il demande aussi que nous mettions sans relâche notre intelligence et notre générosité à le faire vivre. Depuis les attaques dont j’ai fait l’objet, j’ai reçu un immense soutien. Celui de mon président de parti d’abord, mais aussi un véritable raz-de-marée d’encouragements comme jamais en vingt années de carrière politique, de la gauche à la droite, de laïcs et de croyants de toutes confessions, de hauts responsables politiques et d’inconnus, de personnalités réputées et de quidam anonymes, de personnes de toutes origines, de mon parti et d’autres partis. Les messages étaient unanimes : ne vous laissez pas intimider. Car il s’agit bien d’intimidation. Ainsi le CCIB, le « Centre Belge Contre l’Islamophobie », a qualifié mes propos, entre autres amabilités, « de complotistes, islamophobes, incitant à la haine et ayant manifestement franchi la limite de la liberté d’expression ». Il faut rappeler que le CCIF, son pendant français, a été récemment interdit par les autorités françaises parce qu’il était justement accusé « d’attiser la haine, la violence ou la discrimination ». Mais en Belgique cette officine sectaire reçoit des subsides du gouvernement fédéral et envoie à des élus et des militants de plusieurs partis, un courrier violent, diffamatoire à mon égard, susceptible de me mettre en danger. Sachons-le, à travers tous ceux qui sont visés, c’est chaque fois la vérité qu’on tente d’étouffer, et c’est chaque fois la démocratie qu’on blesse.

La vitalité du soutien que j’ai reçu, avec d’autres, montre que nombreux sont ceux qui voient dans cet enjeu une étape décisive pour la pérennité du débat et du fonctionnement démocratique. Et ce qui se dessine, c’est un véritable sursaut dans l’affirmation des valeurs démocratiques, de l’universalisme humaniste et d’une société solidaire. Je fais le pari que tous ceux qui se rassemblent aujourd’hui sur cet engagement ne se déroberont pas.

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