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Carte blanche: après la pandémie, de l’orgasme à la thrombose budgétaires, il n’y a qu’un pas

La question de la gratuité des tests PCR pour les voyageurs doit être abordée en profondeur, car elle risque de peser très lourd dans les finances publiques.
La question de la gratuité des tests PCR pour les voyageurs doit être abordée en profondeur, car elle risque de peser très lourd dans les finances publiques. - Photonews.

Grâce au coronavirus, la classe politique européenne vit une époque formidable. Pour la première fois depuis très longtemps, elle a reçu une instruction féerique des organisations internationales et des experts : dépensez ! Aussi, nous vivons une fantastique orgie budgétaire, et les milliards d’euros coulent en cataractes partout sur le continent.

Certes, le choc macroéconomique du coronavirus a été brutal. Il convenait donc de soutenir l’activité, pour éviter les erreurs majeures de l’Eurozone après la crise financière de 2008. Certes, les taux d’intérêt sont au plancher, et cela permet de financer très aisément les emprunts. Néanmoins, cela ne valide pas de dépenser n’importe quoi, et n’importe comment. Il convient de prêter grande attention aux caractéristiques des dépenses d’une part, de la dette contractée d’autre part, et à la nature structurelle ou non du déficit global.

Le risque d’une mesure asociale

Les revendications de tests gratuits contre le coronavirus en cas de voyage fournissent la dernière illustration en date des excès auxquels cela mène. Le coût a été évalué (approximativement) à quelque 500 millions d’euros. Il s’agit d’une fort grosse somme déjà pour une petite mesure, liée au passage des frontières. De plus, elle présente un caractère asocial évident. La propension au voyage augmente avec le revenu. Donc, la Belgique pauvre, qui voyage peu, se retrouvera en réalité à financer la Belgique riche, qui voyage régulièrement. Les autorités belges ont justement rejeté pour l’essentiel cette idée.

Gare à l’accoutumance

Le concept de déficit ajusté

cycliquement (DAC) éclaire la nature déséquilibrée ou non du déficit budgétaire. Il s’agit de voir si le soutien temporaire de la demande globale par les autorités publiques trouve une justification suffisante dans la chute de la croissance ou dans une situation exceptionnelle. Pour prendre un parallèle médical, ce n’est qu’en cas de maladie forte qu’il convient de prendre des médicaments forts, sinon le spectre de l’accoutumance guette.

Dérapage dangereux

A cet égard, hélas, la Belgique a commencé la crise très mal placée. En effet, comme l’avait annoncé la BCE, il fallait attaquer ce déficit dès 2017 au redressement de la conjoncture. Le gouvernement Michel ne l’a pas fait, bien au contraire. Comme l’a montré alors Bart Van Craeynest, la coalition Di Rupo/Vanackere a eu une gestion budgétaire nettement plus sérieuse que la coalition Michel/De Wever (un héritage qui va maintenant coûter cher). A en croire le Fonds monétaire international, cela mène maintenant à un dérapage très dangereux.

La Belgique en mauvaise posture

Le FMI publie en effet régulièrement son Fiscal Monitor, qui fournit une des meilleures analyses sur les finances publiques dans le monde. La dernière version comporte des données inquiétantes. Naturellement, à partir de 2020, les déficits plongent partout. Dans l’Eurozone, le DAC passe de -0,7 à -5,1 % PNB. Toutefois, partant de la situation détériorée du gouvernement Michel, la situation de la Belgique s’avère dès le départ sensiblement plus mauvaise. Elle passe de -2 à -8,2 %. Partant d’une position très mauvaise, elle atteint une position encore plus mauvaise. Par comparaison, on notera que la France est en 2020 à -6,8, l’Italie à -6,1, l’Espagne à -5,8, les Pays-Bas à -4,5, et l’Allemagne à -2,8 %. La Belgique connaît donc le dérapage le plus fort.

Des pronostics alarmants

Et cela continue. Les pronostics pour les années suivantes sont encore pires. De 2021 à 2024, le FMI prévoit une simple réduction en Belgique de -6 à -4 %. Dans l’Eurozone, la réduction atteint au contraire de -4,8 à -1,7 %. (France -3,5 – Allemagne -0,5 – Italie -1,7 – Pays-Bas -0,7 %). En d’autres termes, le différentiel de déficit ajusté entre l’Eurozone et la Belgique continuerait à se creuser. Il passerait de -1,3 à -2,3 %. Pour les années suivantes (2025-2026), le déficit ajusté demeurerait à quelque -5 % en Belgique, et -1,5 % dans l’Eurozone.

Notre pays bientôt dans une situation intenable ?

Certes, il s’agit seulement de prévisions. Néanmoins, émanant d’une institution sérieuse, elles présentent un caractère extrêmement préoccupant. En effet, si elles se vérifient, la Belgique se retrouvera vite dans une situation intenable. En effet, située au centre de l’Eurozone, et extrêmement dépendante de ses évolutions globales, elle ne pourra pas assumer longtemps une divergence aussi lourde avec ses principaux partenaires.

Le constat ne diminue en rien la nécessité de soutenir la demande en pandémie grave. Il ne détermine pas les mesures à prendre (réduction des dépenses ? accroissement d’impôts ? quelles dépenses ? quels impôts ?) En revanche, dès le retour de la croissance, il importe de préparer vite le virage budgétaire, en se souciant bien davantage de l’impact à long terme des dépenses et recettes. De l’orgasme à la thrombose budgétaires, il n’y a en effet qu’un pas et, avec un pareil profil budgétaire, ce dernier pourrait rapidement devenir vertigineux.

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