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Carte blanche: que serait l’Humanité sans la Nature?

Carte blanche: que serait l’Humanité sans la Nature?
Belga

En 2021, tous les partis politiques sont devenus écologistes. Mais ils ne pèsent nécessairement pas le poids de leurs mots. Les fuites sur le dernier rapport du Giec révèle qu’il est devenu alarmiste, ce qui est nouveau, lui qui était si prudent auparavant. Pourquoi ces changements de mentalité ?

Un jour, un économiste (très célèbre) est venu présenter une conférence à l’UCL, Partha Dasgupta, professeur à Cambridge, UK. Il nous a raconté que ses collègues qui travaillent sur l’économie monétaire, la finance, le cycle des affaires, bref tous ces sujets qui ouvrent la porte au prix Nobel, lui ont dit : mais pourquoi travailles-tu sur des sujets futiles comme la Nature (entre autres sujets, comme la pauvreté, les inégalités…) ? Il leur a répondu : mais comment survivrait l’humanité sans la Nature, et sans l’agriculture pour la nourrir ? J’imagine que ses collègues sont restés cois.

Le poids considérable de l’agriculture

A l’échelon mondial, l’agriculture représente 42 % de la population active, loin devant l’industrie (21 %) ou les services (37 %) alors que, paradoxalement, l’agriculture ne représente que 4 % du PIB, de la richesse produite aux prix du marché (alors qu’elle représentait plus de 7,5 % en 1996 ; source : Banque mondiale). Le poids économique de l’agriculture (y compris l’élevage) est donc considérable, bien qu’il ait décliné au profit de plusieurs secteurs sur cette période. Je vous laisse deviner lesquels…(ceci est une carte blanche interactive !).

75.000 emplois en Belgique

Pour être plus concret, prenons l’exemple de la Belgique. Le secteur agricole ne représente que 0,6 % du PIB (en 2018, source Statbel et Banque mondiale), contre 1,1 en 1980. Mais sa place dans nos exportations est passée à 5,3 % des exportations belges. Il représente quelque 75.000 emplois (chiffres de 2017, source : Institut des comptes nationaux). Ce n’est pas négligeable. Il n’en reste pas moins que la Belgique est loin d’être auto-suffisante du point de vue alimentaire (voir les données du Bureau fédéral du Plan, par exemple).

Hausse des prix alimentaires

Les exploitations sont moins nombreuses mais plus grandes, d’où des économies d’échelle. Néanmoins, même si tous les marchés ne sont pas logés à la même enseigne (certains voient leur cours diminuer, d’autres leur cours augmenter), l’évolution de l’indice des prix à la consommation révèle une hausse globale du prix des prix alimentaires depuis 2010, bien avant la crise du covid (pain, céréales, viande, lait, fromages, œufs, fruits et légumes…). Si on le compare au prix d’autres biens non-essentiels, c’est une bonne nouvelle car cela rend certaines filières alimentaires plus rentables (bien sûr, la crise du covid a bouleversé les cartes).

Le parent pauvre de notre économie

Face à l’industrie et aux services marchands, l’agriculture semble donc toujours le parent pauvre de notre économie, ou en tout cas dans le chef de nos dirigeants et de nos intellectuels (contrairement à l’industrie, au transport et au logement, mais ce n’est pas le propos ici). Il est patent que nous importons une grande partie de nos produits alimentaires. Autrement dit, nous faisons subir à la Belgique mais aussi à d’autres pays la pression sur la Nature dont nous avons besoin pour nous nourrir (mais ceux-ci en profitent en termes de revenus, mais malheureusement seulement en partie en raison des intermédiaires). La question est donc une question globale, et pas seulement belge. Les pressions que l’Humanité exerce sur la Nature ne se limitent pas aux frontières belges.

Mais sans toute cette agriculture, qu’elle soit belge ou internationale, comment pourrions-nous survivre ? Sans Nature, l’Humanité disparaîtrait. Et qui sont les garants de la pérennité de la Nature et de sa capacité à nous nourrir ? L’agriculture et l’élevage, c’est-à-dire l’Humanité dans son ensemble et sa manière de les gérer (là aussi, je laisse au lecteur le soin de trouver des exemples, car ils sont nombreux).

Une Nature résiliente qui nous survivra

Quels sont ces modes de production agricole plus respectueux de la Nature (agriculture raisonnable, agriculture bio, élevage respectueux du bien-être animal, moindre consommation de viande…) ? Sont-ils compatibles avec la pression démographique mondiale ? Au niveau européen, la PAC européenne est-elle capable de donner les impulsions nécessaires dans ce sens ? Le commerce international alimentaire est-il la solution ou le problème ? Loin de l’ambition de cette carte blanche de répondre à ces questions. Mais l’on sait qu’il existe assez de nourriture pour nourrir la population mondiale, et qu’elle profite aux plus riches tandis que les plus pauvres meurent de faim. L’économie de marché est amorale, mais elle profite aux plus riches. La Nature aussi est amorale, mais sans distinction entre riches, pauvres ou races. Surtout, elle sait qu’elle nous survivra. L’Humanité est très vulnérable tandis que la Nature est résiliente. Elle nous survivra.

Modifier nos modes de vie

Si l’on veut encore survivre quelques siècles, reste donc à modifier nos modes de vie, mais surtout à renforcer et développer des modes de production agricoles et d’élevage qui soient respectueux de la Nature, du respect de la dignité des animaux et… du respect de tous les êtres humains sur la planète. Sans cela, la Nature nous le fera payer, tôt ou tard.

La Nature est un concept humain. Mais lorsque l’être humain aura disparu à cause de ses propres bêtises, la Nature sera toujours là. Sans nous.

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