Fil info

Carte blanche: comment lire le rapport du Comité stratégique de la Défense belge

Carte blanche: comment lire le rapport du Comité stratégique de la Défense belge
Belga

Une bande de durs à cuire avec une liste de courses : c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés après le débat dans les médias et au sein de la commission de la défense du Parlement fédéral belge la semaine dernière. Nous, c’est-à-dire le Comité stratégique de Défense belge : dix universitaires, dont nous trois, et deux coprésidents qui ont rédigé un rapport à la demande de la ministre de la Défense Ludivine Dedonder. Cependant, la liste de courses n’est pour nous pas au centre de nos recommandations. Le message principal – le conseil stratégique proprement dit – concerne les tâches essentielles de la Défense belge.

Au cours des trente dernières années, les Forces armées belges se sont concentrées sur des opérations à l’étranger, contribuant à la sécurité collective de l’Europe et du monde. La défense collective de notre propre territoire a été reléguée au second plan. Cependant, l’armée a récemment dû assumer des missions de sécurité intérieure, qui appartiennent en fait à la police.

Réorienter les priorités

Dans un environnement de sécurité en évolution rapide, dans lequel la concurrence entre les grandes puissances, le terrorisme et la crise climatique, entre autres, interagissent les uns avec les autres, les priorités doivent être réorientées.

Les Forces armées belges ont deux tâches principales. La première tâche est la défense collective, à travers l’Otan et l’UE, de notre propre territoire. Le « territoire » comprend aujourd’hui évidemment le cyber-espace. Les forces armées doivent également contribuer à renforcer la résilience face aux menaces dites « hybrides », telles que l’espionnage, le sabotage et la désinformation.

La deuxième tâche principale est de continuer à contribuer à la sécurité collective à travers des déploiements importants à l’étranger. Cette redéfinition des tâches essentielles a trois implications. Premièrement, tandis que les tâches essentielles sont la défense et la sécurité collective, l’assistance à la nation ne l’est pas. Bien sûr, en cas de crise, chacun fait ce qu’il peut, comme la crise du coronavirus a pu nous le démontrer. Pourtant, le soutien aux hôpitaux et aux centres de soins n’est pas la nouvelle mission permanente des forces armées, pas plus que les patrouilles dans les rues de Bruxelles et d’Anvers.

Après la crise, tout le monde se concentre à nouveau sur ses tâches principales, tout comme une salle d’hôpital qui était temporairement devenue une salle corona revient à son objectif réel. Les forces armées, en d’autres termes, ne peuvent être utilisées pour compenser le manque d’investissement dans d’autres services gouvernementaux.

Renforcer les effectifs

Deuxièmement, la Défense doit investir dans le recrutement de personnel, et dans son personnel en tant que tel. 25.000 hommes ne suffiront pas à apporter une contribution significative et durable aux États baltes (à la défense collective), au Sahel et en Afrique centrale (à la sécurité collective) à la fois, si et quand cela est nécessaire. Le premier objectif cependant, étant donné l’exode continu de personnes, est d’atteindre au moins 25.000 personnes. Cela demande beaucoup plus d’attention à la diversité dans le recrutement, à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et au bien-être du personnel en général. En somme, la Défense belge doit devenir un employeur attractif capable de recruter du personnel hautement qualifié sur un marché du travail très compétitif.

Améliorer la puissance de feu

Troisièmement, nos forces armées manquent de puissance de feu, notamment de la composante terrestre, mais aussi de capacités médicales indispensables. Sans un soutien médical suffisant, les Forces armées ne peuvent tout simplement pas se déployer. Notre rapport propose un menu d’options pour les nouveaux équipements dans tous les composants qui peuvent être pris en considération. En tant que comité, nous avons délibérément choisi de ne pas recommander l’une ou l’autre option – il appartient à l’état-major de la Défense d’élaborer une gamme équilibrée de capacités. De toute évidence, il n’est pas dans l’intention de commander tout le menu à la fois. Il s’agirait d’une mauvaise lecture (consciente ou inconsciente) du rapport.

Décider maintenant

Beaucoup lisent notre rapport comme s’il s’agissait de la nouvelle Vision stratégique de la Défense belge. Ce n’est évidemment pas le cas. Ce sont des recommandations, ainsi qu’un compromis entre les douze membres. Il appartient maintenant au ministre de proposer au gouvernement fédéral la véritable vision stratégique mise à jour. La coalition cherche en effet à limiter cela à une mise à jour, avec le même horizon temporel que la Vision stratégique actuelle : 2030. Pour les Forces armées, cependant, 2030 est bientôt. Si la Belgique choisissait par exemple d’effectivement étendre les Forces armées à 25.000 hommes et femmes après 2030, alors la Défense doit dès maintenant s’organiser pour mettre ceci en place.

Conclusion : le gouvernement belge doit décider en 2021 où nos Forces armées doivent être en 2040.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches