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Carte blanche: l’Etat menace d’écraser d’autres acteurs de la société

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Belga

La crise du coronavirus agit comme une loupe grossissant les points faibles de notre société. Certes, le coronavirus n’est pas responsable de tout ce qui ne tourne pas rond dans notre pays et son cortège de prélèvements publics colossaux. Il s’est simplement contenté d’en révéler les dysfonctionnements. En temps de crise, certaines mesures d’accompagnement s’avèrent bien sûr nécessaires (en soulignant l’importance majeure de la réorientation et de la formation des chômeurs temporaires), mais cela ne peut s’apparenter à une mise sous cloche où plus personne ne doit encore s’adapter à de nouvelles évolutions. Nous devons éviter de consacrer trop de moyens pour nous conformer à la nouvelle réalité.

Au plan administratif, la sphère politique se montre sous son vrai jour, ce qui démontre surtout que notre société n’est pas suffisamment consciente des tâches essentielles des pouvoirs publics. C’est ainsi que le gouvernement flamand a même annoncé, à grand renfort de roulements de tambours, qu’il allait ouvrir un centre de congrès à Anvers. Avant cela, un ministre a même suggéré que le gouvernement bruxellois allait faire l’acquisition de terres agricoles dans les deux Brabant – flamand et wallon – afin de pouvoir subvenir aux besoins alimentaires de la population de la capitale.

Un problème de répartition des rôles

En un mot comme en cent : nous avons perdu le nord quant à la répartition des rôles entre les grands acteurs de notre société. Si un nouveau centre de congrès était nécessaire, n’émanerait-il pas spontanément du marché ? Les pouvoirs publics peuvent veiller à la sécurité de l’approvisionnement alimentaire mais quant à la question d’assurer eux-mêmes la production, ne peuvent-ils pas la laisser aux exploitants agricoles ? Nous devons pouvoir remettre ce genre de débats sur la table. Le gouvernement doit faire ce qui lui incombe mais ce qui lui incombe, il doit aussi le faire correctement.

Quelle que soit la situation, il doit en garantir la sécurité juridique et instaurer un cadre inspirant la confiance où, à l’instar des autorités publiques, les entreprises, les acteurs de la société civile et les citoyens doivent pouvoir mener leurs activités librement et en toute légalité. Ce sont eux qui font tourner le moteur économique financé par l’action gouvernementale et ils le font dans le cadre légal défini par les autorités publiques. Bref, un acteur ne peut fonctionner sans l’autre, chacun assumant son propre rôle et ses propres responsabilités.

Bonne gouvernance

Une bonne gouvernance requiert également une organisation efficace ainsi qu’une vision claire des objectifs, des niveaux de gestion et des domaines de compétence. Nous devons d’urgence évoquer l’obligation de rendre des comptes après avoir analysé non seulement les performances mais aussi et surtout les tâches et l’organisation des pouvoirs publics. L’économiste Schumpeter était beaucoup moins préoccupé par une crise que par la pente glissante sur laquelle toute la société serait petit à petit entraînée par le cadre des interventions gouvernementales. La population s’éloignerait ainsi de l’esprit d’entreprise en tant de source vitale de création de la prospérité. Il existe effectivement dans notre pays une pente glissante vers laquelle l’État commence à repousser les autres secteurs de la société, non seulement le monde économique mais aussi la société civile et même la responsabilité individuelle des citoyens.

Trop d’Etat tue l’initiative individuelle

En fixant une réglementation et des subventions pour tout et pour rien, les pouvoirs publics entraînent d’autres sphères de la société dans leur champ d’attraction. Nous ne pouvons mettre le holà à cette tendance qu’en appelant à une meilleure culture démocratique qui impose d’une part l’excellence pour ce qui a trait aux tâches essentielles du gouvernement (songez simplement aux sous-investissements infrastructurels) et d’autre part corsète la colonisation de la société par l’autorité publique. Si, au moindre problème, nous tournons les yeux vers l’État et tombons dans le piège d’imaginer que la solution consiste à délier plus encore les cordons de la bourse, nous allons nous retrouver dans une impasse.

C’est là qu’il devient primordial de demander des comptes. Des comptes au gouvernement lorsqu’il échoue à accomplir ses tâches essentielles tout en outrepassant les limites de son rôle. Aux entreprises, qui font trop facilement appel aux mesures de soutien et délaissent les subventions. À la société civile et au citoyen, qui, au moindre problème, se tournent vers l’autorité publique afin qu’elle prenne l’initiative.

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