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«Sans-papiers: osons une approche humaine et pragmatique!»

«Sans-papiers: osons une approche humaine et pragmatique!»

Les sans-papiers » font l’actualité ces derniers jours. Suite à la grève de la faim menée avec détermination par un groupe de personnes occupant notamment l’église du Béguinage, les sites de la VUB et de l’ULB. Quarante jours après le début de leur action, leur état de santé devient très préoccupant.

« Les sans-papiers », ce sont aussi des hommes, des femmes et des enfants qui (sur)vivent dans l’ombre sur le territoire de nos communes, y travaillent, y élèvent leurs enfants, souvent dans la peur et sans le moindre droit. Une situation de vulnérabilité accrue pour les femmes.

Les « sans-papiers », c’est Irina, qui surveille la petite fille qui joue avec la nôtre au parc. Elle a laissé ses enfants adolescents dans son Ukraine natale pour suivre en Belgique, dans l’espoir de leur envoyer de quoi payer leurs études, un homme douteux lui promettant une vie meilleure, et cumule depuis des boulots de nettoyage et de garde d’enfants.

C’est Jaime, qui vient du Brésil et que nous croisons à l’épicerie de quartier depuis des années. Il met sa santé en danger tous les jours sur des chantiers de construction pour faire vivre sa famille fondée à Bruxelles.

C’est Monsieur et Madame Barzani qui ont été déboutés de leurs demandes d’asile à l’issue d’une procédure de plusieurs années tout au long de laquelle leurs enfants ont été scolarisés dans la même école que les nôtres. Ils parlent français mieux que le kurde et ne connaissent pas l’Irak de leurs parents. Pourtant, tous les jours ils ont peur du contrôle dans le tram qui pourrait les arracher à leur classe et au seul pays qu’ils aient jamais connu.

C’est Ibrahim, qui est arrivé avec un cousin à 14 ans, n’a plus de parents en Guinée et est terrorisé de voir arriver ses 18 ans, qui voudrait poursuivre sa formation en électronique.

Nous représentons une institution locale dont la mission essentielle est de s’adresser sans discrimination à des hommes et des femmes qui connaissent des conditions de vie précaires, compliquées, de les écouter, de les accompagner et d’ouvrir leurs droits dans le but de leur assurer les moyens de mener une vie conforme à la dignité humaine. Chargés d’une mission dont notre pays peut s’enorgueillir, nous ne pouvons qu’être témoins impuissants des logements insalubres dans lesquels ils sont contraints de vivre, de leur santé abîmée par un travail pénible, sans protection et mal rémunéré, de leur angoisse quant à leur avenir, de leurs conditions de vie souvent déplorables, des efforts que font leurs enfants pour suivre l’école sans qu’ils ne sachent s’ils pourront terminer leur parcours scolaire.

Notre frustration est immense, car nous sommes contraints de leur refuser toute forme d’aide, excepté une aide médicale urgente. Alors, sans-papiers signifie insécurité, arbitraire, précarité.

Nous avons été témoins de l’impact considérable de l’épidémie de Covid sur ces personnes : les pertes de travail sans pouvoir compter sur un revenu de substitution ou, au contraire, obligation d’aller travailler malgré les mesures de confinement, et souvent sans protection (masques, gel désinfectant…) pour gagner leur vie malgré les risques et la peur des contrôles accrus.

Nos CPAS se sont trouvés en grandes difficultés voire dans l’impossibilité de garantir le minimum de dignité humaine à ces familles.

Sachant que, pour beaucoup, si leur travail était reconnu et protégé, nous ne les verrions pas du tout au CPAS. Pire, selon la Banque nationale elle-même, actuellement nous nous privons de leurs contributions*.

Les défis que nous devons relever en matière de politique d’asile et de migration sont éminemment complexes, mais ne pourront être relevés avec des réponses simplistes, qui méconnaîtraient ces réalités.

Nous saluons l’initiative du PS et d’Ecolo en faveur de la réunion d’une Conférence interministérielle, qui permet de sortir la question des sans-papiers de la stricte logique du contrôle des frontières pour la considérer également à partir des droits fondamentaux des personnes, de la cohésion sociale et du marché du travail.

Nous souhaitons que les décisions prennent en considération ce que collectivement nous devrons payer à force d’ignorer social, humain et financier d’une non-régularisation de personnes, de familles, dont l’ancrage en Belgique est manifeste.

Nous défendons l’établissement de critères explicites de régularisation de séjour permettant de dénouer des situations peu conformes à la dignité humaine, totalement inextricables ou manifestement absurdes, ainsi qu’une instance indépendante chargée d’évaluer au cas par cas chacune d’entre elle. Que ces critères tiennent compte notamment des spécificités du parcours des femmes (contexte culturel, familial, violences risquées ou vécues…)

Nous soulignons qu’à côté des aspects sociaux et humanitaires, nombre de sans-papiers pourraient trouver un emploi dans les filières professionnelles en pénurie, et ainsi participer activement au marché du travail, contribuer à notre système de protection sociale tout en concourant aux besoins de secteurs clés de notre économie.

Enfin, nous voulons rappeler que les enfants ne sont jamais responsables de l’illégalité de leur séjour, qu’ils ne peuvent en aucun cas en être sanctionnés. Toute discrimination entre enfants est inadmissible.

Ce n’est pas faire preuve d’angélisme que d’agir aujourd’hui en faveur de solutions durables pour ces personnes sans-papiers. Nous sommes conscients qu’il s’agit d’un risque et d’un coût. Il nous est toutefois évident que les risques et les coûts, y compris financiers, d’une politique de fermeture envers ces solutions sont bien plus importants à court et moyen terme que ceux que prendraient notre pays en menant une politique d’exclusion.

Monsieur le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, nous devons avancer dans ce dossier. Vous en avez actuellement le pouvoir.

*https://www.nbb.be/fr/articles/limpact-economique-de-limmigration-en-bel...

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