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Carte blanche: avec le pacte d’excellence, la Fédération Wallonie-Bruxelles va-t-elle s'asseoir sur la Constitution ?

Carte blanche: avec le pacte d’excellence, la Fédération Wallonie-Bruxelles va-t-elle s'asseoir sur la Constitution ?
Mathieu Golinvaux

Dans le cadre du Pacte pour un enseignement d'excellence, le gouvernement de la FWB devrait bientôt approuver les référentiels concernant les différentes matières à enseigner. Ces référentiels définissent ce qui doit être appris. Ils garantissent l’égalité des acquis de base pour tous. C’est donc une sorte de contrat entre l’école et la société.

Un de ces référentiels est consacré à la Formation historique, géographique, économique et sociale. L'intégration des sciences économiques et sociales dans le cursus scolaire est une nouveauté bienvenue, tant leurs apports, au même titre que d'autres sciences bien sûr, sont nécessaires au « développement d’une citoyenneté ouverte sur le monde ».

Or, ce référentiel, en l’état, nous semble généralement peu ambitieux, parfois imprécis si ce n’est inexact, mais surtout peu actuel. Fruit d’une série de petits compromis, il manque singulièrement de souffle, de projet, de visée. Alors qu’il devrait susciter l’enthousiasme des enseignants et des élèves, il renonce à ce qui devrait en constituer l’âme et le cœur.

Renoncement d'abord à une ambition scientifique. En effet, les sciences humaines observent, interrogent et étudient l’organisation des sociétés d’hier et d’aujourd’hui. Elles procèdent par des démarches d’investigation qui respectent les principes de la démarche scientifique. Ces démarches d’investigation se basent, notamment, sur l’observation, la consultation de documents et de personnes, l’enquête, l’utilisation de représentations existantes. Elles sont méthodiques et rigoureuses. Une structuration et une validation des informations recueillies permettent une synthèse des résultats mise en relation avec le questionnement de départ et une communication des nouveaux savoirs construits est envisagée. A cette ambition méthodologique, le référentiel renonce.

Renoncement à la pensée complexe, au croisement des disciplines, au dialogue des expériences et des expertises. Alors qu’aujourd’hui, pour la gestion de la crise sanitaire, par exemple, c’est dans le croisement des différents points de vue et intérêts particuliers (artistes, restaurateurs, jeunes élèves, personnes âgées…) et des différentes expertises disciplinaires (virologie, épidémiologie, économie, psychologie, …) qu’on tente de répondre au problème, ce référentiel impose, lui, une programmation par discipline qui rend pratiquement impossible une approche concertée des différents objets d’études.

Renoncement aux compétences scientifiques et didactiques disponibles, à l'université et dans les hautes écoles. Renoncement aux échanges et débats entre pairs, ce qui constitue pourtant l’essence même de l’esprit scientifique. En effet, dans le processus de l’élaboration de ce référentiel, le choix des experts consultés s’est avéré très arbitraire et totalement opaque, aucun retour ne leur étant fait de leurs propositions, les voix divergentes ont été ignorées voire exclues sans explications. Ce processus, trop soucieux de respecter certaines susceptibilités a finalement écarté les principales avancées scientifiques actuelles des sciences humaines et sociales. Quelques illustrations.

En histoire, comment encore accepter une conception de l’évolution des sociétés humaines déterministe, téléologique et mécaniste ? L’histoire racontée dans ce référentiel sélectionne les événements en retenant les étapes qui ont permis d’aboutir aux réalités actuelles. Bien sûr, il faut faire des choix et ne surtout pas viser l’exhaustivité pour les élèves de moins de 15 ans ! Bien sûr, l’élève sera mieux armé pour comprendre le présent s’il étudie le passé ! Mais quand l’histoire est aseptisée, que l’action de l’homme est subordonnée aux découvertes techniques pour raconter la « rencontre entre deux mondes » ou la Révolution industrielle, quand on ne montre pas au jeune que les hommes et les femmes ont eu des choix à effectuer ou que la société n’est pas programmée pour un progrès linéaire et infini, on gomme précisément les aspects du passé qui lui permettraient de prendre un rôle d’acteur.

En géographie, comment encore accepter une vision du territoire dominée par une approche statique, localiste et cédant au déterminisme physique à l’heure d’une Belgique urbanisée, connectée au reste du monde et qui évolue au rythme des décisions prises (ou non) ici mais aussi ailleurs ? Le pas risque d’être vite franchi : laisser sous-entendre que les sociétés n’y sont pour rien. Tout en oubliant les savoirs astronomiques, climatiques et géomorphologiques de base permettant de faire des choix éclairés en matière d’architecture, de politique énergétique, d’aménagement ou encore de gestion des risques.

Où reste le « développement durable » ?

Pour les disciplines économiques et sociales, comment encore accepter qu’elles soient moins scientifiques que d'autres sciences, qu’elles soient surtout constituées de recommandations (bien vaines d’ailleurs) concernant les manières de consommer ou de tenir son budget, et de proclamations d’égalité de genres ou de principes démocratiques niant une réalité qu’on n’interroge pas et pour laquelle bien peu d’outils intellectuels de compréhension sont proposés ?

Renoncement, enfin, à l'article 7bis de la Constitution : « Dans l’exercice de leurs compétences respectives, l’État fédéral, les communautés et les régions poursuivent les objectifs d’un développement durable, dans ses dimensions sociale, économique et environnementale, en tenant compte de la solidarité entre les générations. » En effet, le développement durable n’est pas repris dans la liste des 5 enjeux actuels de notre société retenue par les rédacteurs du référentiel ; on y évoque uniquement les « impacts environnementaux ». Ce renoncement est totalement assumé : le développement durable serait une vision trop politisée des enjeux sociétaux. Faut-il dès lors considérer qu'on ne parlerait pas non plus à nos élèves des droits économiques, sociaux et culturels énoncés par l’Article 23 de la Constitution ?

Ce référentiel, contrat entre la société et l’école, qui devrait annoncer ce qu’il n’est pas permis d’ignorer à la sortie du tronc commun, renonce à ce qui mobilise de nombreux jeunes et à ce qui pourrait susciter le plaisir de chercher et de comprendre chez les enseignants et les élèves.

Mais il n'est pas trop tard, pour autant que soient associés à la réalisation d’une nouvelle mouture de ce référentiel, des personnes compétentes dans les disciplines concernées et des didacticiens de ces mêmes disciplines. Le tout de manière transparente et dans un cadre permettant le débat scientifique et épistémologique, en tenant compte des avancées disciplinaires et des engagements internationaux de la Belgique. Quitte à infléchir certaines traditions scolaires trop pesantes. L’excellence dont se revendique le pacte pour l’école est à ce prix.

*

Thiziri Ait Iftene, maître-assistante en géographie, Haute Ecole Galilée

Florence André, maître-assistante en histoire, Haute Ecole Léonard de Vinci

Sophie André, maître-assistante en histoire, Haute Ecole Libre Mosane

Maxime Antoine, maître-assistant en géographie, Haute Ecole en Hainaut

Pietro Antoniadis, maître-assistant en géographie, Haute Ecole en Hainaut

Emilie Beydts, maître-assistante en histoire, Haute Ecole en Hainaut

Mathieu Bouhon, professeur en didactique de l'histoire, UCLouvain

Nathalie Bourdouxhe, maître-assistante en géographie, Haute Ecole Libre Mosane

Jean-Michel Brogniet, chef de travaux en didactique de l'histoire, Haute École Louvain en Hainaut

Françoise Budo, didacticienne en sciences sociales, Haute Ecole Libre Mosane

Estelle Cantillon, directrice de recherche FNRS, Université Libre de Bruxelles

Philippe Capelle, administrateur, EFDD asbl - Education et Formation vers le Développement durable

Eve Castel, maître-assistante, Haute Ecole en Hainaut

Laetitia Cherdon, maitre-assistante en histoire, Haute Ecole Bruxelles-Brabant

Florence Close, professeure d'histoire médiévale, ULiège

Jacques Cornet, didacticien de sciences sociales,

Pierre Cornut, chargé de cours, Université de Mons

Jacques Crahay, CEO, Cosucra

Sebastiano D'Angelo, maître-assistant en sciences sociales, Haute Ecole Bruxelles-Brabant

Catherine Dambroise, maître-assistante en histoire, Haute Ecole Léonard de Vinci

Olivier de Schutter, professeur de droit international, UCLouvain

Jean-Michel Decroly, professeur de géographie, Université libre de Bruxelles

Philippe Defeyt, économiste, Institut pour un Développement Durable

Marie-Pierre Defraiteur, maitre-assitante en géographie, Haute Ecole Libre Mosane

Annick Delfosse, professeure ordinaire (histoire moderne), ULiège

Mauranne Detré, Maitre-assistante en histoire, Haute Ecole Francisco Ferrer

Anthony Dignef, maître-assistant en histoire - maître de conférences, Haute Ecole Libre Mosane - ULiège

Anne Dubreucq, maître-assistante en géographie, Haute Ecole Francisco Ferrer

Laurence Fontaine, maître-assistante en géographie, Haute Ecole en Hainaut

Vincianne Freese, maître-assistante en sciences sociales, Haute Ecole Francisco Ferrer

Koessan Gambiam, maître-assistant en géographie, Haute Ecole Lucia de Brouckère

François Gemenne, Professeur de géopolitique de l’environnement à l’ULB

Eric Geerkens, professeur d'histoire économique et sociale, ULiège

Sophie Godfrinne, maître-assistant en histoire, Haute École provinciale de Hainaut Condorcet

Marina Gruslin, chercheuse et formatrice DD, santé environnementale, EFDD asbl - Education et Formation vers le Développement durable -

Stéphane Harchies, administrateur délégué, NewGov srm

Sandra Hennay, maître-assistante en histoire, Haute Ecole Robert Schuman

Clementine Honorez, maître de formation pratique, Haute Ecole en Hainaut

Dirk Jacobs, professeur ordinaire de sociologie, Université libre de Bruxelles

Jean-Louis Jadoulle, professeur de didactique en univers social, Télé-Université du Québec

Christophe Jambers, maître-assistant, Haute Ecole Galilee

Jean-Jacques Jespers, professeur honoraire de sciences de l'information et de la communication, Université Libre de Bruxelles

Pascale Kaison, chargée de projet en Sciences Humaines, Haute Ecole Libre Mosane

Sabine Khan, professeure de sciences de l'éducation, Université Libre de Bruxelles

Marie Lakaye, assistante de formation en didactique de l'histoire, ULiège

Catherine Lanneau, professeure (histoire de Belgique), ULiège

Marc Lemaire, coordinateur, Coalition KAYA

Florence Loriaux, maître-assistante en histoire, Haute Ecole Libre Mosane

Martine Louckx, maître-assistante, Haute Ecole Lucia de Brouckère

Anne Marrin, sociologue,

Sylvie Navarre, maître-assistante en sciences sociales, Haute École de Namur-Liège-Luxembourg

Thierno Ndiaye, secrétaire général, COREN asbl

Muriel Neven, maitre de conférences en didactique de l'histoire, ULiège

Christine Partoune, professeur honoraire de didactique de la géographie, ULiège - Haute École Libre mosane

Elisa Pasleau, maitre-assitante en géographie, Haute Ecole Bruxelles-Brabant

Marie Pirenne, didacticienne en géographie, Haute Ecole Libre Mosane

Céline Race, maître-assistante en sciences sociales, Haute Ecole Léonard de Vinci

Andrea Rea, professeur de sociologie, Université libre de Bruxelles

Marcel Roelandts, enseignant-chercheur, Université libre de Bruxelles - HEFF - HELB - St-Luc

Marie-Eve Ronveaux, maître-assistante, Haute Ecole Bruxelles-Brabant

Luc Saubain, maître-assistant en philosophie sociale, Haute École de Namur-Liège-Luxembourg

Emmanuel Siquet, maître-assistant en sciences sociales et pédagogie, Haute Ecole Libre Mosane

Suzanne Sleewaegen, maître-assistante en géographie, Haute Ecole Bruxelles-Brabant et Haute Ecole Vinci

Philippe Soutmans, didacticien des sciences sociales et humaines, chef de département pédagogique, conseiller pédagogique, Haute Ecole Léonard de Vinci

Marie-Noëlle Tenaerts, maître-assistante en sciences sociales, Haute Ecole Libre Mosane

Michel Thiry, maitre-assitant en histoire, Haute Ecole Libre Mosane

Denis Tomboy, maître-assistant en histoire, Haute Ecole Bruxelles-Brabant (HE2B)

Jean-Pascal van Ypersele, professeur ordinaire de climatologie et sciences de l'environnement, UCLouvain

Hélène Vancomelbeke, maître-assistante en sciences sociales, Haute Ecole en Hainaut

Pierre-Etienne Vandamme, chargé de recherches FNRS, Université libre de Bruxelles

Benjamin Wayens, maitre d'enseignement, Université libre de Bruxelles

Luc Willems, maître-assistant en géographie, Haute Ecole Charlemagne

Arnaud Zacharie, secrétaire-général, Centre national de coopération au développement

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