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Carte blanche – Universités: vaccinés, libérés?

Carte blanche – Universités: vaccinés, libérés?
Belga

A l’heure où nos étudiants partent en vacances, où d’autres travaillent, à l’heure de l’Euro de football et ses rassemblements (même si la Belgique a été éliminée), beaucoup de mes collègues et moi voyons la perspective de la rentrée prochaine avec circonspection. En septembre, plus de 100.000 étudiants entameront ou continueront des études supérieures, à l’Université ou en haute école. Cela fait deux ans maintenant que, soit en secondaire, soit à l’université ou en haute école, ils ont un enseignement plus qu’impacté par la pandémie, et malgré tous les efforts des enseignants, le masque, les « teams », ont profondément modifié la qualité des apprentissages. Des signaux inquiétants concernant une possible 4e vague provoquée par des mutants nouveaux, les voyages et les rassemblements estivaux ne semblent pas générer chez les responsables politiques des actions préventives.

Nous (à l’ULB, mais aussi dans d’autres universités) avons été incités à pratiquer des testing intensifs sur site pour limiter l’éventuelle apparition de clusters. Nous sommes très nombreux, professeurs « de base », à nous interroger sur cet attentisme apparent alors qu’une solution efficace existe : la vaccination. Des universités américaines (Yale, Harvard, Columbia, Princeton…) imposent à leurs étudiants d’être vaccinés pour la rentrée (sauf motif religieux ou médical), des immunologistes dans toutes nos universités répètent que « la solution c’est la vaccination ». Plus largement, dans la société, on commence à s’interroger sur la possibilité d’obliger le personnel soignant à se faire vacciner (cela aurait évité probablement de nombreux décès de personnes fragilisées).

Un manque de politique proactive

Plus nous réfléchissons, plus nous nous demandons ce qui freine certains décideurs dans une politique plus proactive (obligation, ou stimulation certaine par l’explication au moment des inscriptions, ou centres de vaccination sur les campus par exemple), si l’on part de l’hypothèse que les vaccins sont sûrs. Cette solution aurait les avantages suivants :

– Eviter que de nombreux étudiants tombent malades et, pour une petite partie d’entre eux, gravement malades (dois-je décrire cet étudiant alité pendant plus de 3 semaines, ayant des difficultés à respirer et incapable de se lever pour aller aux toilettes),

– Le pays a les doses de vaccin, le coût est déjà engrangé, alors que les testing sont extrêmement onéreux, doivent être répétés, et jusqu’à preuve du contraire « un test ne protège pas » ;

– Une population étudiante entièrement vaccinée est la meilleure garantie de reprendre, pour les étudiants, une vie sociale normale, et nous savons tous que pour les étudiants, la vie sociale fait partie intégrante de leur vie universitaire. Le professeur Englert, lors de sa dernière interview avant de quitter son mandat de Délégué général Covid pour la Wallonie, soulignait que la vie sociale ne reprendra que par la vaccination. La formation universitaire ne se fait pas que dans les auditoires, mais aussi dans les cercles, les activités, les associations.

– Cette population entièrement vaccinée est également la meilleure garantie de reprendre les cours en présentiel réel (peut-être même sans masque ?), évitant les fermetures urgentes de laboratoires pour cause de covid, les cours à distance, les solutions « halve en halve » plus ou moins efficaces. Soulignons que, la période que nous venons de vivre a montré combien la pandémie était discriminatoire socialement : des étudiants plus favorisés, correctement équipés, dans un environnement calme, et d’autres devant essayer de suivre les cours à distance sur un ordinateur bancal, ou un petit écran de smartphone, avec leurs petits frères et sœurs qui hurlaient dans la pièce à côté (voire dans la même pièce). Nous avons tous vécu cela. Ces scènes se sont répétées lors des examens. Oui, la pandémie est socialement discriminatoire pour les études aussi, et tout ce qui évitera une nouvelle vague est par essence une mesure hautement sociale.

– Un rattrapage socio-géographique indirect : en vaccinant les étudiants, de toutes les couches sociales et tous les milieux, on touche aussi leurs familles, peut-être réticentes. Nous avons ici aussi constaté que les jeunes issus de milieux plus éduqués sont plus enclins à se faire vacciner que les autres. Toutes les régions du pays ne sont pas égales devant le virus.

– Une contribution à limiter le risque de mutation. Rappelons que, plus le virus circule, plus ses chances de muter augmentent, avec toutes les conséquences que nous voyons arriver déjà dans d’autre pays. Le milieu universitaire, brassant par essence de nombreuses nationalités et des étudiants venant du monde entier est ici particulièrement à risque.

Nous avons réfléchi aux inconvénients de la vaccination et, comme scientifiques, force est de constater que les bénéfices dépassent de loin les risques éventuels (mais réels, comme pour tous les médicaments). Nous connaissons tous des gens morts du covid ; d’autres, parfois jeunes ont été solidement malades avec encore des séquelles (des assistants ont été sous respirateur), des étudiants ont raté leur session d’examen à cause du covid et sont en dépression…

Un vaccin qui libère

En Belgique, un seul vaccin est obligatoire, mais d’autres, non obligatoires légalement, sont pourtant indispensables si l’on veut mettre son enfant à la crèche. Pour être engagé dans certaines professions en contact avec le sang, il faut être vacciné contre l’hépatite. Pour visiter certains pays, des vaccins sont obligatoires, et certains se font maintenant vacciner en catastrophe pour avoir le droit de voyager « plus » librement.

Amoureux de la liberté, je ne comprends pas ceux qui utilisent celle-ci pour refuser la vaccination. Après tout, ici c’est le vaccin qui libère, et la non-vaccination qui enferme.

Cela fait deux années scolaires et académiques qui ont été plus qu’impactées par la pandémie, avec des conséquences encore inconnues pour nos étudiants. Nous avons maintenant l’expérience de 3 vagues de covid. Pourquoi attendons-nous passivement la possible 4e ? Des secteurs entiers de notre économie ont été massacrés, le mental de la population a plus que souffert, nos jeunes ont été en partie oubliés par les politiques, et on attend le retour de vacances ? Allons-nous, comme l’an dernier, donner cours quelques semaines, puis tout refermer en catastrophe ?

Umberto Eco écrivait qu’à tout problème complexe il existe une solution simple, et elle est fausse. Ici, le problème est simple : il y a un virus qui se propage, et nous avons une solution simple : un vaccin. Ce n’est peut-être pas la seule, mais c’est la moins mauvaise que nous avons pour l’instant.

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