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Carte blanche: il faut transformer la finance

Les ministres des Finances du G20 se réuniront vendredi et samedi à Venise.
Les ministres des Finances du G20 se réuniront vendredi et samedi à Venise. - Reuters

Les objectifs de Liberté, Egalité et Fraternité ne peuvent pas être effectivement atteints en demandant aux dominants d’adopter des mesures partielles, « pragmatiques », acceptables pour eux. Plus le système en place est dominant, violent, brutal (c’est le cas, de nouveau, de la finance dans le système actuel mondial de domination et d’inégalité) plus les citoyens doivent se mobiliser pour des solutions « radicales » dans le but de modifier les relations sociales (notamment de pouvoir) entre les êtres humains.

A quoi sert la finance ?

La fonction propre de la finance est d’assurer le bon gouvernement des liens entre épargne et investissement. Actuellement, le système financier est marqué par la prédominance du pouvoir des sujets privés sur la monnaie et sur la finance au désavantage des sujets publics. Les Etats ont perdu leur souveraineté sur la monnaie et la politique monétaire, à quelques exceptions près. Les décisions en matière de création de la masse monétaire et de sa circulation sont tombées aux mains des entreprises privées financières. La grande majorité des Banques centrales sont de propriété privée. La BCE est même juridiquement et politiquement indépendante des Etats de l’Eurogroupe. Les Banques centrales reconnaissent que leur pouvoir d’intervention sur la monnaie s’exprime en réaction aux décisions prises par les sujets privés concernant les taux d’intérêt et leurs opérations sur les marchés des devises. Les choix concernant les domaines prioritaires de l’épargne et de l’investissement leur appartiennent : quels produits, quels processus, quels services, pour qui, quand, où, comment.

Exemples de politique financière

La politique financière à la base de la politique mondiale contre la pandémie de covid est une démonstration dramatique de l’abandon de la souveraineté et de la responsabilité financières publiques vis-à-vis de milliards d’êtres humains. Les Etats « occidentaux se sont mis au service, derrière l’alibi mystificateur de la sécurité sanitaire nationale, des intérêts financiers d’une poignée de grandes compagnies mondiales privées. Leur défense, violente et hypocrite, de la propriété privée sur la connaissance sur le vivant (les brevets) est un scandale. Même comportement concernant la politique financière en faveur de la lutte contre le changement climatique, la perte de la biodiversité planétaire, la pollution de la terre et des mers, la déforestation, la pénurie mondiale de l’eau. Cela explique les très minces avancées réalisées par les 25 COP mondiales organisées depuis 1993 !

Les pouvoirs publics ont marchandisé, privatisé/ libéralisé/déréglementé tous les biens communs de la nature et de la vie ; ils ont transféré aux sujets industriels et financiers la propriété et le gouvernement de la vie.

Définir des limites structurelles

Les mesures fiscales en discussion (G7) ou proposées (TTF) constituent des tentatives méritoires. Mais, on ne peut pas se montrer heureux, satisfaits, de la petite miette « en faveur des appauvris » (plus de 3,6 milliards de personnes) que les pays du G7 promettent de laisser tomber de la table du nombre toujours croissant de milliardaires (quelques milliers). Il en va de même de la taxe sur les transactions financières. Les mesures décisives qui pourraient déclencher des processus de transformation systémique sont celles qui visent la propriété privée de la monnaie, la propriété privée de l’Etat, la propriété privée des biens communs essentiels pour la vie, l’appropriation privée de la nature, l’appropriation privée de la connaissance. Une « meilleure » fiscalité introduite sur les activités pharmaceutiques ou sur l’industrie agro-chimique ou l’industrie digitale en l’absence de l’abolition des brevets sur le vivant et l’IA aura de multiples limites structurelles.

Rétablir la communauté publique des biens essentiels

Il faut (re)commencer par le rétablissement de la communauté publique des biens essentiels pour la vie, la priorité aux investissements pour la concrétisation des droits universels humains et de la nature, la responsabilité planétaire de l’humanité. Il faut dénoncer le vol de la richesse des peuples et revendiquer l’annulation immédiate de la dette des pays à bas et moyen revenu. Il faut se battre sans cesse pour la réduction drastique des dépenses militaires et dénoncer avec force la criminalité des Etats qui maintiennent les paradis fiscaux, ne mettent pas hors-la-loi la spéculation dévastatrice, les produits dérivés, les fonds d’investissement prédateurs.

Il faut intervenir au niveau du « cerveau » du système. Au niveau du « cœur », ce n’est pas suffisant, ça reste émotionnel, transitoire. Dans le premier cas, on peut changer. Dans le deuxième, on se limite à aider, en maintenant les relations de domination et d’injustice existantes.

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