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Plaidoyer pour le dossier médical global

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Belga Image.

Tout va bien pour la campagne de vaccination : en Europe, nous sommes dans le top 3 des pays les plus avancés dans la vaccination des citoyens contre le covid-19. Néanmoins, on constate qu’il y a des différences régionales importantes : en Flandre 70 %, en Wallonie 66 % et à Bruxelles 51 % des citoyens sont complètement vaccinés. Si l’on compare ces chiffres avec le pourcentage de la population qui détient un dossier médical global (DMG) chez un médecin généraliste, il y a un parallélisme remarquable : en Flandre, 76 % de la population a un DMG, en Wallonie 57 % et à Bruxelles 49 %.

Ce parallélisme s’explique probablement par le fait que la couverture vaccinale et la présence d’un DMG sont toutes deux caractéristiques d’une région dotée d’un système de soins de santé primaires solide. On y veille à ce que les cabinets de médecins généralistes soient suffisamment accessibles et à ce qu’il y ait une coopération entre ceux-ci, les pharmaciens, les infirmières, les travailleurs sociaux, les psychologues et de nombreux autres acteurs de la santé proches du citoyen.

Renforcer la coordination

Le DMG a été lancé au début des années 1990 par le ministre Philippe Busquin : l’intention était de renforcer le rôle de coordination du médecin généraliste et la continuité des soins en centralisant les informations médicales dans un dossier. Le projet a été finalisé par (l’ancien et l’actuel) ministre Frank Vandenbroucke. Dès le 1er mai 2002, il a veillé à ce que chacun puisse confier la gestion d’un dossier médical global à son médecin généraliste, et puisse également y bénéficier d’une réduction de 30 % du ticket modérateur.

Le médecin reçoit une rémunération annuelle pour la tenue à jour de ce dossier. Aujourd’hui, nous constatons qu’en Flandre, 61 % des généralistes gèrent plus de 500 DMG. En Wallonie, cette proportion est de 46 % et à Bruxelles de 33 %. Il apparaît que de nombreux Bruxellois n’ont pas de médecin généraliste, n’ont recours qu’à des soins spécialisés, n’ont pas accès aux soins médicaux ou se tournent vers des initiatives telles que médecins du Monde.

« Zones de première ligne »

La campagne de vaccination nous a appris l’importance du rôle des médecins généralistes et des autres professionnels de la santé dans les soins primaires, pour motiver les gens à se faire vacciner, pour détecter et informer les personnes à risque, pour orienter les groupes socialement vulnérables vers les centres de vaccination et pour fournir des vaccins à domicile aux personnes qui ne sont pas mobiles. En Flandre, les 95 centres de vaccination sont intégrés dans 60 « zones de première ligne », une coopération entre les prestataires de soins de santé, les services d’aide sociale, les patients et les aidants informels, ainsi que les autorités locales, qui assument ensemble la responsabilité des soins pour environ 100.000 habitants.

Ces zones de première ligne sont soutenues financièrement par le gouvernement flamand et sont devenues en peu de temps les « joyaux de la couronne » des soins de santé. Pendant la pandémie, ils ont joué un rôle important dans l’accueil initial et le dépistage des personnes potentiellement infectées, la détection des sources, la recherche des contacts, le soutien à l’isolement et à la quarantaine, la vaccination. C’est également vrai dans le soutien psychologique et social. Les personnes présentant des problèmes complexes sont orientées vers la deuxième ligne pour une assistance spécialisée.

« Personne n’est laissé de côté »

Ce que nous avons appris au cours des derniers mois nous amène à une première conclusion : tous les résidents du territoire – y compris les sans-papiers – seraient mieux servis en souscrivant à un DMG relié à un cabinet de médecine générale et au réseau associé de première ligne composé de pharmaciens, de travailleurs sociaux, d’infirmières, de psychologues, de physiothérapeutes, de diététiciens, etc. Le DMG constitue ainsi la base d’un dossier électronique interprofessionnel intégré dans lequel tous les prestataires de soins, avec le consentement et la contribution du patient, rassemblent leurs informations. De cette manière, il est possible de savoir clairement quels prestataires de soins de santé sont responsables de quels citoyens, et l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – « Tout le monde est inclus, personne n’est laissé de côté » – peut être réalisé. Tous les citoyens pourront alors être atteints rapidement par le système de santé en cas de pandémie, de catastrophe, etc.

En s’installant dans le pays, la toute première chose à faire serait de se rendre dans le cabinet de médecine générale de son choix et de s’y inscrire. Un DMG serait ainsi immédiatement créé et tenu à jour. Pourquoi le refuser ? Cela ne peut être que bénéfique, pour chaque individu et pour la santé publique.

* Médecin généraliste, département de la santé publique et des soins primaires. Université de Gand.

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