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Carte blanche: revitalisons d’urgence la Protection civile

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Les dramatiques inondations du mois d’août ont mis en évidence ce que nous avons perdu en termes de services publics d’urgence et qui aujourd’hui fait défaut. En effet, jusqu’il y a peu, la Belgique disposait d’une Protection civile digne de ce nom, opérationnelle et efficace. C’était avant l’arrivée du gouvernement Michel au sein duquel Jan Jambon (N-VA) occupait les fonctions de vice-Premier ministre et de ministre de la Sécurité et de l’Intérieur.

De longue date, à l’intérieur du pays, la Protection civile et ses forces vives avaient su prouver toute leur pertinence lors de catastrophes naturelles, industrielles et autres. Faut-il rappeler, par exemple, la tragique affaire Dutroux, l’accident ferroviaire de Pécrot, ou encore le drame de Ghislenghien… ? Par-delà nos frontières, ses interventions, menées dans le cadre du B-Fast – un outil créé à mon initiative (j’étais alors ministre de la Défense) et celle de Louis Michel (ministre des Affaires étrangères) au sein du gouvernement Verhofstadt –, ont toujours fait la fierté de la Belgique à l’étranger. Fierté renforcée par notre engagement résolu à préserver l’outil de toute privatisation !

À l’époque, la Protection civile était organisée selon une répartition géographique équilibrée permettant des interventions dans des délais courts, ceci à l’entière satisfaction de la population. Avec les implantations de Libramont-Neufchâteau, Crisnée et Ghlin, Liedekerke, Brasschaat et Jabbeke, le pays était quadrillé. Rachetée par mes soins à la Défense tandis que j’étais ministre de la Régie des Bâtiments (de 1995 à 1999), même l’ancienne caserne militaire de Gembloux avait été rénovée et équipée en matériel pour accueillir dans d’excellentes conditions les nouvelles recrues destinées à couvrir la zone située au nord de la Meuse (Brabant wallon, zone de Louvain-la-Neuve).

Un démantèlement progressif

Avec la réforme de la Sécurité civile, la Protection civile a été peu à peu oubliée et ses personnels livrés à eux-mêmes – du fait, peut-être, de leur relative discrétion. Les regroupements effectués par la suite, au prétexte de contraintes budgétaires, ont mis à mal la cohérence initiale et permis un démantèlement progressif. À présent, seules les implantations de Brasschaat et de Crisnée subsistent. Et si la ligne de jonction Anvers-Liège se trouve globalement bien protégée, toutes les autres parties du territoire sont désormais orphelines et d’autant plus vulnérables.

Impossible de le nier : de nombreux sites, chimiques par exemple, et classés Seveso, c’est-à-dire à risques d’accident majeur, se retrouvent aujourd’hui très éloignés des unités d’intervention de la Protection civile. Le danger est accru. Au reste, face aux intempéries de ces dernières semaines, source d’inondations, d’importants dégâts et de désarroi pour nos populations, notamment au sud du pays, force est de reconnaître que les interventions ont souffert du démantèlement des unités de la Protection civile – ceci malgré la détermination et l’énergie des professionnels sur le terrain.

Des risques accrus pour la population

Les conséquences du regroupement / démantèlement des sites sont sans appel : le personnel doit souvent faire de longs trajets ; le matériel, mal réparti et mobilisé de façon peu efficiente lors des interventions, est sous-utilisé (qu’on pense aux sacs de sable et aux berlingots d’eau potable) ; les délais sont rallongés… Ceci fait courir des risques supplémentaires à la population. Laquelle en vient, dès lors, à nourrir un sentiment d’abandon et de défiance à l’égard des pouvoirs publics, avec pour effet de renforcer les clivages et les tensions. Il en résulte du découragement et de la démotivation au sein des équipes. Inutile de dire que ces dernières années le recours de plus en plus fréquent aux zones de secours a incité les autorités à se tourner massivement vers le privé pour certaines tâches. Ce qui a évidemment entraîné une augmentation des coûts.

Une renaissance par des synergies et des partenariats avec la Défense

Pour la population de l’ensemble du pays, pour sa sécurité, pour éviter le gaspillage des moyens, compétences, talents et expériences, ainsi que par respect pour les centaines de professionnels qui la font vivre, il faut revoir le cadre d’action de la Protection civile et apporter d’urgence des solutions concrètes. Bien sûr, nul ne peut espérer retrouver demain la Protection civile d’hier ! Toutefois, pour éviter les problèmes, défaillances et blocages que nous avons connus voici peu, nous devons tout faire pour :

– éviter la concurrence entre les intervenants présents sur le terrain ;

– renforcer l’unité de commandement ;

– augmenter et faciliter la circulation de l’information ;

– réduire la complexité administrative qui freine la rapidité d’action ;

– favoriser la mutualisation des ressources pour une plus grande efficience.

Dès lors, est-il fou de penser à un redéploiement, à la fois sur base des installations existantes de la Protection civile qui demeurent parfois vides ou inexploitées, comme c’est le cas à Jabbeke ou à Gembloux, et par une cohabitation concrète avec la Défense sur certains de ses sites ?

En l’occurrence, nous devons réfléchir en termes de synergies possibles, tant pour le matériel (par exemple la désinfection) que pour le personnel. Qu’on pense, à ce titre, aux compétences attachées à l’usage de produits chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN), mais aussi aux talents très divers liés aux missions de la Composante médicale ou de la Composante marine – par exemple dans leurs moyens héliportés.

Dans certaines conditions et à certaines fins, la Protection civile pourrait accueillir des militaires d’active ou des réservistes, et, plus encore, servir de « sas » pour des jeunes désireux d’effectuer un Service volontaire d’utilité collective (SUC), avec la possibilité, à terme, de rejoindre la Défense. D’une durée d’un an, le SUC s’adresse à des jeunes de 18 à 25 ans, sans-emploi ou bénéficiaires de revenus d’intégration sociale, à qui la Défense propose une formation professionnelle et l’ouverture à de nouveaux métiers.

Logique « gagnant-gagnant » et renforcement du B-Fast

Une telle mise en synergie permettrait aussi de relancer le B-Fast dont les missions ont toujours vu travailler ensemble, avec un succès indéniable, la Défense et la Protection civile. L’actuel conflit israélo-palestinien est un bon exemple. Ici, l’activation du B-Fast se justifie pleinement pour venir en aide aux populations civiles, notamment à Gaza. Un partenariat entre Défense et Protection civile aiderait à déployer rapidement des couloirs humanitaires sécurisés et efficaces. À Gaza comme en Haïti (un pays abandonné par la communauté internationale), il est urgent d’agir dans cette logique de partenariat pour le bénéfice de tous.

Très concrètement, mettre en synergie, c’est œuvrer dans une dynamique « gagnant-gagnant » à plusieurs niveaux. Cela permet, d’une part, de réaliser des économies par la mutualisation des ressources humaines et matérielles, d’autre part, d’augmenter la disponibilité de notre personnel, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières, enfin, de renforcer la couverture du territoire, donc la sécurité des populations.

Par la même occasion, nous éviterions les privatisations et les concurrences qui sont préjudiciables à tous, inefficaces et souvent rejetées par les citoyens !

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