Fil info

Carte blanche: les Américains ont oublié de faire de l’aide au développement en Afghanistan

RTR3DAZW
Reuters

Un conseiller du département d’Etat sur les questions de terrorisme à Washington, avait déjà estimé en 2006 que la réponse au terrorisme avait été beaucoup plus destructrice que les actes terroristes eux-mêmes : « Ce n’est pas le nombre de gens qu’al Qaïda peut tuer qui représente une menace. C’est notre propre réaction qui pourrait causer le plus de dégâts ».

Les attentats du 11 septembre 2001 ont entraîné la mort de 3.000 personnes. Des chercheurs de la Brown University, une université américaine indépendante, ont estimé que le nombre total de morts causés par le conflit en Afghanistan entre 2001 et 2021 a été de 240.000 morts, soit 80 fois plus que le 11 Septembre. Les Américains et leurs alliés ont perdu 7.580 hommes, mais le nombre de morts s’est élevé à 71.000 parmi les civils, entre 75.000 et 78.000 parmi les militaires et policiers afghans, et 84.000 parmi les insurgés. (1)

La très coûteuse option militaire

Le président Biden a indiqué que les Américains avaient dépensé 1.000 milliards de dollars en Afghanistan. En réalité, il s’agit uniquement des dépenses relatives à la guerre en Afghanistan inscrites dans le budget de la défense. Les chercheurs de la Brown University ont ajouté à cette somme tous les coûts supplémentaires inscrits dans d’autres budgets : ils arrivent à un total de 2.261 milliards de dollars.

A titre de comparaison, le Plan Marshall, qui a consisté à aider les pays européens à reconstruire leur économie entre 1947 et 1951, a coûté aux Etats-Unis une somme équivalente à 150 milliards de dollars (aux prix actuels), soit moins de 7 % du coût de la guerre d’Afghanistan pour les Américains.

En Afghanistan, le total de l’aide au développement de Washington s’y est élevé au cours de ces vingt ans à 125 milliards de dollars, soit huit fois moins que les 1.000 milliards des opérations militaires. Tout au long de la présence des Américains en Afghanistan, de nombreux observateurs, y compris parmi les généraux américains, se sont régulièrement inquiétés du manque de moyens attribués à l’aide au développement socio-économique, à la reconstruction du pays et à la lutte contre la corruption, conditions essentielles selon eux pour lutter contre la pauvreté et permettre de contrer l’influence des talibans au sein de la population.

Cette disproportion est une constance dans la conception des relations internationales des Etats-Unis. Actuellement, les Américains dépensent annuellement 780 millions de dollars pour leur budget militaire, ce qui représente 38 % des dépenses militaires mondiales, mais seulement 35 milliards de dollars pour leur aide publique au développement, soit moins de 5 % de leurs dépenses militaires.

Par comparaison, les dépenses militaires annuelles de l’ensemble des pays européens s’élèvent actuellement à 300 milliards de dollars, soit près de 40 % de celles des Etats-Unis. Mais leurs budgets publics affectés à la coopération au développement atteignent 118 milliards de dollars par an, soit près de 40 % de leurs dépenses militaires, et trois fois plus que l’aide au développement américaine. (2)

Un des pays les plus pauvres au monde

L’Afghanistan, depuis l’invasion soviétique en 1979, a connu 42 ans de conflits quasiment ininterrompus. Après 20 ans de présence des Etats-Unis, ce pays est en piteux état. Les Occidentaux quittent un pays qu’ils ont été incapables de pacifier et de sortir de la pauvreté extrême.

Actuellement, dans le classement des pays les plus pauvres dans le monde, en prenant en compte le PIB par habitant, l’Afghanistan est en 7e position, après six pays africains. Cela signifie que, en dehors de l’Afrique, l’Afghanistan est le pays le plus pauvre au monde.

L’importance de la diplomatie et de l’aide au développement

Les Etats-Unis ont perdu la guerre en Afghanistan, laissant une population pauvre face à des talibans qui y ont trouvé un terreau fertile à leurs conquêtes territoriales. Les talibans ont donc gagné. Echec total de l’intervention militaire américaine et retour vingt ans en arrière.

Ce fiasco militaire est un échec pour l’ensemble des Occidentaux. Si au moins la leçon pouvait servir aux Européens. Quand les Américains leur demandent d’augmenter leurs dépenses militaires pour atteindre 2 % de leur PIB, ils devraient se demander sérieusement à quoi cela sert. Il serait temps de se rendre compte que les options militaires se terminent le plus souvent par des échecs. Un général américain, critiquant le peu d’utilité de la puissance militaire, a dit un jour : « Nous les Américains, nous ne réglons pas les problèmes, nous les écrasons ».

Si les Européens veulent accroître leur influence dans le monde, ce n’est pas en augmentant leurs dépenses militaires. Mais plutôt ceux consacrés à l’action diplomatique dans un cadre multilatéral, afin de soutenir l’amélioration de la sécurité internationale par la négociation, la prévention et le règlement pacifique des conflits. Et surtout en affectant davantage de moyens à leur aide publique au développement. Pour essayer que d’autres talibans ne puissent prendre le pouvoir ailleurs dans le monde.

(1) « US Costs to Date for the War in Afghanistan 2001-2021 », Costs of War Project, Watson Institute International and Public Affairs, Brown University, April 2021.

(2) Données du SIPRI pour les dépenses militaires et du Comité d’aide au développement (CAD/OCDE) pour l’aide publique au développement.

Cet article réservé aux abonnés
est en accès libre sur Le Soir+
Chargement
A la une
Tous

En direct

Le direct

     

    Cet article réservé aux abonnés est exceptionnellement en accès libre

    Abonnez-vous maintenant et accédez à l'ensemble des contenus numériques du Soir : les articles exclusifs, les dossiers, les archives, le journal numérique...

    1€
    le 1er mois
    J'en profite
    Déjà abonné?Je me connecte
    Aussi en Cartes blanches
    • belgaimage-25025144-full

      Carte blanche Carte blanche: sortir du TCE pour construire un nouveau pacte énergétique