Twitter, miroir du jeu politique belge

Il n’y a pas qu’une célèbre personnalité américaine qui se lève avec, dans les doigts, une démangeaison en 140 ou 280 caractères… En Belgique également, le personnel politique est de plus en plus accro à Twitter. C’est que le réseau social est une caisse de résonance idéale pour des messages politiques tantôt vindicatifs ou louangeurs (souvent), provocateurs (parfois) et aptes à marteler les leitmotivs d’un parti (toujours).

Et ça fonctionne ! À tel point que les statistiques de Twitter offrent un reflet assez fidèle des tendances politiques que révèlent les sondages. Une bonne manière pour les tweetos de jauger leur popularité avant les prochaines échéances électorales. À ce petit jeu, la N-VA est omniprésente dans la plupart des classements que nous avons réalisés. Et pas seulement grâce à son enfant terrible et sulfureux. Certes, le secrétaire d’Etat à l’Asile et la migration Theo Francken a été de loin le plus « productif » en 2017. Il est à la fois celui qui a le plus tweeté, a été le plus retweeté et le plus « liké ». Mais il est loin d’être le seul représentant de la N-VA à être très visible sur Twitter.

Elio, Charles et Didier,les plus suivis

Côté francophone, on n’est pas en reste. Ce sont d’ailleurs trois d’entre eux qui trustent le trio de tête des personnalités politiques qui ont le plus de followers : le président du PS Elio Di Rupo , très largement en tête avec plus de 278.764 suiveurs, devant le Premier ministre Charles Michel (MR, 198.631 followers) et le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR, 126.983). Le premier Flamand, Bart De Wever (président de la N-VA), se pointe à la quatrième place avec 109.743 fans.

Qu’Elio Di Rupo fasse la course en tête n’a d’ailleurs rien d’étonnant. Ex-Premier ministre et président du PS, il est aussi le plus ancien twitto de la sélection d’environ cent vingt personnes que nous avons réalisée. Il est inscrit depuis plus de dix ans (avril 2007), précédant de dix-sept bons mois son dauphin, le président du parlement wallon André Antoine (CDH), inscrit en novembre 2008. Un pionnier.

Raoul, Didier et Catherineau taquet

Si l’on regarde le nombre de « vrais » tweets envoyés depuis l’inscription sur Twitter, c’est Didier Reynders qui se classe premier, avec 14.464 tweets. Cependant, si l’on prend en compte l’activité globale sur Twitter (tweets originaux, réponses et retweets), c’est Raoul Hedebouw (porte-parole du PTB) qui caracole en tête avec 25.106 actions. Et cela malgré une année 2017 un peu en retrait (il est 44e, en nombre de tweets).

Il y a à peine plus d’une femme sur quatre twittos dans le périmètre que nous avons retenu. Une illustration du caractère encore outrancièrement masculin du monde politique belge. Cela n’empêche pas de nombreuses femmes d’utiliser activement Twitter pour leur communication politique, à l’instar de la co-présidente d’Ecolo Zakia Khattabi (Ecolo) ou la secrétaire d’Etat bruxelloise Fadila Laanan (PS). Quant à la cheffe de groupe à la Chambre Catherine Fonck (CDH), elle est la francophone qui a le plus tweeté en 2017.

On notera aussi quelques absents dans la twittosphère politique belge. Parmi ceux-ci, on peut citer le président du parlement bruxellois, Charles Picqué (PS), et celui du parlement flamand, Jan Peumans (N-VA).

L’assiduité sur Twitter est également très variable suivant les niveaux de pouvoir. De ce point de vue, le cas du CDH est révélateur. Alors que trois membres démocrates humanistes figurent parmi le top 10 des plus anciens twittos politiques belges (André Antoine depuis 2008, le chef de groupe au parlement bruxellois Benoît Cerexhe et le ministre wallon Carlo Di Antonio depuis 2009), il est frappant de voir combien le CDH, surtout en Wallonie, est moins visible sur Twitter que les autres partis présents à différents niveaux de pouvoir. Son président, Benoît Lutgen, ne s’est d’ailleurs inscrit qu’en janvier 2017 et ne s’est fendu que d’une vingtaine de tweets.

Une certaine désaffection qui pourrait s’expliquer par l’absence du CDH au fédéral depuis 2014. A ce niveau de pouvoir, la communication se professionnalise et l’appel d’air sur Twitter des politiques flamands, omniprésents sur ce réseau social, déteint naturellement sur les autres ministres fédéraux et les responsables de groupes à la Chambre.

La preuve par… le MR. Lorsqu’il « monte » au fédéral en 2014, Willy Borsus (ministre-président wallon depuis l’été), pourtant inscrit depuis 2010, n’a à son actif qu’une poignée de tweets. Par la suite, il a tweeté en moyenne une fois par jour. Pareil pour les ministres fédéraux Marie-Christine Marghem et Daniel Bacquelaine, qui n’avaient même pas de compte avant leur entrée au gouvernement. A l’inverse, leurs coreligionnaires restés à Namur, comme Pierre-Yves Jeholet ou Jean-Luc Crucke, n’affichent au compteur qu’une moyenne de 0,5 tweet par jour pour le premier et 0,2 pour le second. Clairement, le fédéral fait de vous un adepte de Twitter !

Enfin, l’analyse des chiffres permet d’épingler les tweets qui ont eu le plus de succès en 2017. Toutes catégories confondues, c’est un tweet de Charles Michel daté du 1er octobre sur les violences lors du référendum en Catalogne qui a le plus cartonné : 17.363 retweets et 18.121 likes.

Quant au tweet le plus populaire en français, on le doit au clavier de Jean-Marc Nollet, qui a partagé le 24 juin une photo étonnante mêlant l’ombre d’une éolienne et un troupeau de moutons. Bilan : 5.876 retweets et 8.457 likes.

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